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Lise Bossi L’olivo e l’olivastro de Vincenzo Consolo : pour une odysée du désastre
14 (2012)
Les années quatre-vingt et le cas italien
Lise Bossi
L’olivo e l’olivastro de Vincenzo
Consolo : pour une odysée du désastre
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Lise Bossi, « L’olivo e l’olivastro de Vincenzo Consolo : pour une odysée du désastre », Cahiers d’études
italiennes [En ligne], 14 | 2012, mis en ligne le 15 septembre 2013, consulté le 15 septembre 2013. URL :
Cahiers d’études italiennes, n° 14, 2012, p. 201-212. 201
Sulla scena ci sembra sia rimasto solo il coro
che in tono alto, poetico, in una lingua non più
comunicabile, commenta e lamenta la tragedia
senza soluzione, il dolore senza catarsi 1.
Publié en 1994, L’olivo e l’olivastro de Vincenzo Consolo 2 reconstitue les
étapes d’une nouvelle Odyssée, entendue à la fois comme voyage de retour,
comme nostos dans l’espace réel, et comme voyage fantastique dans l’espace
de la littérature et de la poésie, pour l’un de « ceux qui sont nés par
hasard dans l’île aux trois angles » (OO, p. 22). Mais cette Odyssée, largement
autobiographique, rêvée initialement comme un retour vers une
sicilienne Ithaque d’affection et de mémoire, se transforme bientôt en un
voyage dans le désastre qui s’est consommé pendant cette époque atroce
qu’a été, pour la Sicile comme pour l’Italie tout entière, la période des
années quatre-vingt.
Et nous sommes conviés à suivre le voyageur, à travers « une île perdue,
une Ithaque damnée » (OO, p. 80), où tout ce qui subsiste de ce qu’il a
connu et aimé est conservé par des érudits et des poètes, qui combattent
les prétendants à coup de chantiers de fouilles et de mots écrits noir sur
noir, ou par des sortes de gardiens de cimetières verghiens qui ont arrêté le
temps en régressant vers une illusoire Troie retrouvée (p. 53).
- La citation en exergue est extraite de Di qua dal faro, Milan, Mondadori, 1999, p. 262.
- V. Consolo, L’olivo e l’olivastro, Milan, Mondadori, 1994 ; ci-après, OO. La pagination renvoie à l’édition
de poche : V. Consolo, L’olivo e l’olivastro, Oscar Scrittori del Novecento, Milan, Mondadori, 1999.
C’est justement cette Troie, « lieu de pure existence, de simple hasard »
(OO, p. 49), celle du fallacieux âge d’or à laquelle s’accrochent les
Malavoglia, que le narrateur a voulu fuir lorsqu’il a quitté la Sicile à la fin
des années soixante pour aller vers ce qu’il appelle les lieux de l’histoire.
Vers Palerme, d’abord, « le lieu où se croisent les cultures et les idiomes les
plus divers » (p. 123) ; puis, lorsqu’il a eu le sentiment que toute la Sicile
n’était plus qu’un désert historique et social, vers Milan, « dans un contexte
urbain dont il ne possédait ni la mémoire, ni le langage » (SIM, p. 176 3). Et
lorsque Milan est devenu l’emblème de « la triste, aliénée et féroce nouvelle
Italie du massacre de la mémoire, de l’identité, de la décence et de la civilisation,
l’Italie corrompue, barbare, de la mise à sac, des spéculations, de la
mafia, des attentats, de la drogue, des voitures, du football, de la télévision
et des lotos, du tapage et des poisons » (OO, p. 71), alors, celui qui écrit a
eu le désir de réduire la fracture qui déchirait sa vie en accomplissant une
sorte de « voyage pénitentiel » (p. 20) afin de revenir, après plus de vingt
ans, au point de départ (p. 120).
À ceci près qu’il ne s’agit pas, pour « l’éternel Ulysse, le voyageur errant
à travers l’île qui fut autrefois son Ithaque » (OO, p. 141), de se laisser réabsorber
« par cette nature et cette histoire suspendues, par cette ensorcelante
immobilité » (p. 122) qu’il a quittées jadis en se bornant à constater, sur
le mode nostalgique et plaintif, qu’il ne retrouve que quelques vestiges de
la Sicile qu’il a aimée. Il s’agit d’abord et surtout d’affronter « les ennemis
réels, les ennemis historiques qui se sont installés dans sa maison » (p. 20),
en dénonçant ce qu’ils ont fait de son Ithaque et, métaphoriquement 4,
de toute l’Italie, au cours des deux dernières décennies, celles des années
soixante-dix et quatre-vingt.
Pour cette double tâche d’évocation et de dénonciation, Consolo fait
un choix poétique difficile car il prend consciemment le risque mortel « de
sortir du récit, de nier la fiction » (OO, p. 77), contrairement à certains
de ses compatriotes, tel son ami Sciascia en particulier, qui ont cru pou-
- V. Consolo, Il sorriso dell’ignoto marinaio, Turin, Einaudi, 1976 ; ci-après, SIM. Ce texte sera à nouveau
publié avec une postface intitulée : « nota dell’autore, vent’anni dopo », Milan, Mondadori, 1997. La pagination
renvoie à l’édition de poche : V. Consolo, Il sorriso dell’ignoto marinaio, Oscar Scrittori del Novecento, Milan,
Mondadori, 2002. Le texte de la postface que nous citons ici et auquel nous reviendrons plus loin est paru
aussi dans Vincenzo Consolo, Di qua dal faro, ouvr. cité ; ci-après, DQDF. La pagination renvoie à l’édition de
poche : V. Consolo, Di qua dal faro, Oscar Scrittori del Novecento, Milan, Mondadori, 2001.
- Outre que par Consolo, le fait que la Sicile et la situation sicilienne soient devenues une métaphore de ce
qui se passe dans l’Italie tout entière après la seconde guerre mondiale et la trahison des idéaux de la Résistance,
est illustré par Sciascia, en particulier dans son ouvrage intitulé la Sicilia come metafora, Milan, Mondadori,
1979, ouvrage qui présente la caractéristique très significative d’avoir été d’abord publié en France sous le titre
La Sicile comme métaphore, conversations en italien avec Marcelle Padovani, Paris, Stock, 1979.
voir se servir des instruments de la littérature de masse pour dénoncer les
dérives de la société dont la littérature de masse est le produit 5. Il choisit
en outre, comme un autre Ulysse sicilien, comme Verga, d’inventer une
langue. Mais, alors que la langue de Verga « a comme imprimé le positif
italien sur un négatif lexical et syntaxique dialectal » (DQDF, p. 119), celle
de Consolo est prise dans l’épaisseur de toutes les langues de toutes les
cultures qui se sont succédées et imbriquées dans l’île, pour mieux en dire
et en préserver la réalité, au risque d’être, comme Verga, « détesté à cause
de sa langue extrême » (OO, p. 58) et de devoir un jour se réfugier dans la
solitude, dans l’aphasie, ce qui signifierait, ce qui signifie peut-être déjà,
que les monstres ne sont plus des fruits du sommeil ou du remords mais
« de vraies menaces, des catastrophes réelles et imminentes » (p. 58).
Ce n’est donc pas la thématique existentielle de l’exil et du retour qui
justifie, à elle seule, la référence constamment explicite au voyage initiatique
et expiatoire d’Ulysse, c’est aussi que l’Odyssée est d’abord et avant
tout un poème et que Consolo entend, dans le droit fil de l’expérimentation
littéraire qu’il conduit depuis des années déjà 6, défendre et illustrer
un nouvel épos et un nouveau logos, tissés, comme la toile de Pénélope,
avec tous les fils de la mémoire rassemblés pour résister aux usurpateurs et
à leurs créatures monstrueuses.
« Ora non può narrare 7 ». Tels sont les mots qui ouvrent un texte qui refuse
effectivement la linéarité du récit, son développement sur un axe temporel
unique et la hiérarchie qui régit les rapports entre le narrateur et ceux qui
devraient rester des personnages, entre sa voix dominante et leurs voix
secondaires.
À une seule exception près, à laquelle nous reviendrons, celui qui écrit
le fait à la troisième personne, en se définissant justement comme « celui
qui écrit » (OO, p. 77) ou comme le voyageur. Un voyageur écrivant dont
l’existence pourrait relier, et relie parfois, anecdotiquement, les fragments
- Nous faisons en particulier allusion ici aux quatre grands romans où Sciascia a utilisé, en les subvertissant,
les règles et les modalités narratives du genre policier pour dénoncer la subversion de l’État de droit par les
représentants de l’État ; romans que l’on peut donc considérer comme les ouvrages fondateurs de ce que l’on
appelle aujourd’hui “il noir mediterraneo” ou “noir d’inchiesta” : Il giorno della civetta, Turin, Einaudi, 1961 ;
A ciascuno il suo, Turin, Einaudi, 1966 ; Il contesto, Turin, Einaudi, 1971 ; Todo modo, Turin, Einaudi, 1974 ;
auxquels on peut ajouter son tout dernier roman : Una storia semplice, Milan, Adelphi, 1989.
- Outre que dans la postface à Il sorriso dell’ignoto marinaio précédemment citée, Consolo développe les
axes principaux de sa poétique plurilingue et multiculturelle dans un certain nombre des articles du recueil Di
qua dal faro ; particulièrement dans la section « Sicilia e oltre », p. 211-248.
- Dans cette partie de notre étude, consacrée à l’écriture et à la langue de Consolo, nous avons choisi de
conserver le texte original pour certaines citations particulièrement représentatives du rythme et du caractère
“mistilingue” de sa prose.
de ce qui ne peut pas et ne veut pas devenir un récit, pour la bonne raison
que son voyage personnel dans l’espace circonscrit de l’île est aussi un
voyage à travers d’autres vies et dans d’autres temps, voire dans le non-lieu
et le non-temps, dans l’utopie et l’uchronie littéraires.
L’ouvrage est en effet conçu comme une succession de tranches de vie
que chacun de ceux qui les ont vécues vient exposer tour à tour. Beaucoup
d’entre elles sont issues de la réalité, qu’il s’agisse de la vie ordinaire des
émigrants anonymes poussés par les caprices de la nature ou par la misère
à quitter une terre ébranlée par les tremblements de terre et ravagée par
les éruptions volcaniques ou saignée par la corruption et les exactions
mafieuses ; ou bien qu’il s’agisse de la vie, dédoublée ou redoublée par leurs
oeuvres, d’artistes et d’écrivains emblématiques : Antonello da Messina (OO,
- 10) et le Caravage dont les tableaux proposent des paysages d’amour et
de mémoire sur lesquels plane déjà l’ombre de la corruption et de la mort
(p. 86-97) ; mais aussi Verga, qui a vécu l’exil et le retour « in un’isola che
non era l’Itaca dell’infanzia, la Trezza della memoria, ma la Catania pietrosa
e inospitale, emblema d’ogni luogo fermo o imbarbarito, che mai lo
riconobbe come l’esule che torna, come il figlio » (p. 58) et Sciascia, à qui
Vittorini avait prédit qu’il serait emprisonné dans la forme de celui qui
reste en Sicile (p. 16). Ou encore Pirandello qui pensait, au début du siècle
dernier, que « quel presente burrascoso e incerto […], ebbro d’eloquio osceno,
poteva essere rappresentato solo col sorriso desolato, con l’umorismo straziante,
con la parola che incalza e che tortura, la rottura delle forme, della struttura »
(p. 67).
Et c’est bien parce que Consolo est convaincu de vivre, lui aussi, un
présent tempétueux qu’il rompt à son tour les structures du récit en intercalant
entre ces tranches de vie, et en résonance avec elles, des moments
de sa propre vie, mais aussi des tranches de vie empruntées à ces oeuvres
et à ces textes littéraires, sous forme d’évocations presque incantatoires ou
de citations ; en entremêlant aux passages de l’Odyssée, origine de toutes
les odyssées du monde, des fragments de I Malavoglia, par exemple, parce
que même si « la “casa del nespolo” n’a jamais existé […] les personnages,
les personnes, les Malavoglia de toutes les Trezza du monde ont existé »
(OO, p. 50).
Tous ces fragments d’être, capturés dans toutes les époques et tous les
milieux, habitent et animent chaque lieu visité par le voyageur. Toutes
ces voix se mêlent dans une polyphonie où chaque personnage de la nouvelle
épopée, du nouvel épos qui nous est proposé, peut se faire entendre
et continuer à exister dans une sorte d’éternel présent qui est celui de la
mémoire personnelle et littéraire. Et celui qui écrit peut dire qu’il est à la
fois « l’astuto inventore degli inganni, il guerriero spietato, l’ambiguo indovino,
il re privato dell’onore, il folle massacratore degli armenti […], l’assassino
di […] sua figlia » (OO , p. 1) ; il peut dire la peine de Maruzza qui,
« madre ammantata, immobile avanti al mare, ai marosi, priva di lacrime,
lamento, parola […], si porta le mani nei capelli, urla nera nel cuore (p. 47) ;
il peut dire qu’il est né à Gibellina et « ha lasciato nelle baracche la madre e
la sorella […]. La sorella più non parla, sì e no con la testa è il massimo che
dice » (p. 9-10). Ainsi, coryphée à la voix plurielle, il redonne une voix à
chacun des membres de cette humanité multiple, littéraire ou réelle, pour
que les hommes du temps présent les entendent et se souviennent d’eux.
C’est pourquoi il ne veut pas être seulement un nouvel Ulysse qui en
racontant « diventa l’aedo e il poema, il cantore e il canto, il narrante e il narrato,
l’artefice e il giudice […], l’inventore di ogni fola, menzogna, l’espositore
impudico e coatto d’ogni suo terrore, delitto, rimorso » (OO, p. 19). Car, tel
Ulysse avec son bagage de remords et de peine, il a atteint « le point le plus
bas de l’impuissance humaine, de la vulnérabilité » et il va devoir choisir
entre « la perte de soi, l’anéantissement dans la nature et le salut au sein
d’une société, d’une culture » (p. 17-18), entre l’oléastre et l’olivier. Car,
comme l’inventeur du « monstre technologique » (p. 20), qui du meilleur
peut faire le pire, de l’instrument de la victoire l’instrument du désastre,
du progrès la barbarie, il fait lui aussi partie de cette humanité ambiguë
dont Ulysse, le plus humain des héros grecs, est le plus parfait représentant.
C’est justement contre ce désastre et cette barbarie dont il découvre
les plaies à chaque étape de son périple autour de l’île que le voyageur
Consolo, devenu bâtisseur d’épopée, a voulu dresser le rempart de toutes
les vies et de toutes les voix stratifiées qu’il a convoquées dans son Odyssée
moderne, un fragment après l’autre, un mot après l’autre. Un rempart à
l’image de l’histoire de la Sicile, condamnée par la géographie à subir l’histoire
8, et qui a connu au cours des siècles une infinité de maux, qu’il s’agisse
des tremblements de terre ou des éruptions de l’Etna, des rivalités entre
colonies voisines ou des invasions constantes, mais dont les villes détruites
par les secousses ou les coulées de lave ont été relevées, à l’instar de Catane
dont les habitants sont revenus « a ricostruire mura, rialzare colonne, portali,
recuperare torsi, rilievi, mescolando epoche, stili, epigrafi, idoli, in una babele,
in una sfida spavalda e irridente » (OO, p. 57). Et Syracuse a su devenir,
malgré les invasions ou grâce à elles, « la molteplice città, di cinque nomi,
d’antico fasto, di potenza, d’ineguagliabile bellezza, di re sapienti e di tiranni
- Expression empruntée à L. Sciascia, Cruciverba, Turin, Einaudi, 1983, p. 176.
ciechi, di lunghe paci e rovinose guerre, di barbarici assalti e di saccheggi: in
Siracusa è scritta come in ogni città d’antica gloria, la storia dell’umana civiltà
e del suo tramonto » (p. 83-84).
Et c’est justement à Syracuse que celui qui écrit mesure l’abîme qui
sépare la ville de ses souvenirs, l’île où, « voyageur solitaire le long d’un
itinéraire de connaissance et d’amour, par les sentiers de l’Histoire, il vagabonda
pendant un lointain été » (OO, p. 143), et la ville présente, l’île
damnée, métaphore de l’Italie fascisante des années quatre-vingt (p. 140).
C’est de part et d’autre de l’omphalos d’Ortygie que les deux réalités, la
passée et la présente, se distinguent l’une de l’autre, c’est « dans l’espace
en forme d’oeil, dans la pupille de la nymphe, sur la place où règne la maîtresse
de la lumière et de la vue » (p. 83), que, à l’instar du Caravage sur le
visage de son page, le coryphée voit, comme dans un miroir déformant,
fleurir « la vermeille, la noire tache de la peste, de la corruption et de la
fin » (p. 92).
Bien sûr le voyageur pourrait, au risque de se comporter comme « un
presbite di mente che guarda al remoto ormai perduto, si ritrae in continuo
dal presente, sciogliere un canto di nostalgia d’emigrato a questa città della
memoria sua e collettiva, a questa patria d’ognuno ch’è Siracusa, ognuno che
conserva cognizione dell’umano, della civiltà più vera, della cultura » (OO,
- 84). Mais il ne veut pas de ce repli sur un hypothétique âge d’or : « Odia
ora. Odia la sua isola terribile, barbarica, la sua terra di massacro » (p. 105).
Car désormais, non seulement ce que les caprices de la nature détruisent
n’est plus reconstruit mais, de surcroît, la spéculation immobilière et
l’industrialisation sauvage achèvent de faire disparaître, en les recouvrant
d’une dernière strate mortifère, les témoignages d’une culture millénaire et
les beautés d’un patrimoine naturel incomparable. Comme à Augusta « che
gli appare nella luce cinerea, nella tristezza di un’Ilio espugnata e distrutta,
nella consunzione dell’abbandono, nell’avvelenamento di cielo, mare, suolo »
(p. 34). Comme à Milazzo où « sulla piana dove pascolavano gli armenti del
Sole, dove si coltivava il gelsomino, è sorta una vasta e fitta città di silos, di
tralicci, di ciminiere che perennamente vomitano fiamme e fumo » (p. 28).
Et le cancer qui ronge les lieux se propage et corrompt aussi les habitants
(p. 117). Comme à Gela où est née non seulement la ville « dell’edilizia
selvaggia e abusiva, delle case di mattoni e tondini lebbrosi in mezzo al fango
e all’immondizia di quartieri incatastati, di strade innominate, la Gela dal
mare grasso d’oli, dai frangiflutti di cemento [ma anche] la Gela della perdita
d’ogni memoria e senso, del gelo della mente e dell’afasia » (p. 79). Comme à
Avola dont la place géométrique et lumineuse est
vuota, deserta, sfollata come per epidemia o guerra, rotta nel silenzio dal rombare delle
motociclette che l’attraversano nel centro per le sue strade ortogonali, occupata […] da
mucchi di giovani […] che fumano, muti e vacui fissano la vacuità della piazza come in
attesa di qualcuno, di qualcosa che li salvi. O li uccida. Cosa è successo in questa vasta
solare piazza d’Avola? Cos’è successo nella piazza di Nicosia, Scicli, Ispica, Modica, Noto,
Palazzolo, Ferla, Floridia, Ibla? Cos’è successo in tutte le belle piazze di Sicilia, nelle piazze
di quest’Italia d’assenza, ansia, di nuovo metafisiche, invase dalla notte, dalle nebbie, dai
lucori elettronici dei video della morte? (OO, p. 112)
Cos’è successo, dio mio, cos’è successo a Gela, nell’isola, nel paese in questo atroce tempo?
Cos’è successo a colui che qui scrive, complice a sua volta o inconsapevole assasssino? Cos’è
successo a te che stai leggendo? (OO, p. 81)
Que s’est-il passé, effectivement, pour que celui qui écrit se prenne
lui-même à partie dans une sorte de dédoublement où sa voix semble se
dissocier de sa plume et lance ce « Dio mio » qui n’est pas une exclamation
vide de sens mais un véritable cri de douleur ; un cri de douleur à travers
lequel Consolo, car c’est bien de lui qu’il s’agit ici, trahit, pour la seule et
unique fois tout au long de cette Odyssée polyphonique, l’engagement
qu’il s’est fixé de n’être que le porte-voix et le porte-plume, de ne jamais
dire, contrairement à Pausanias, « Io sono il messaggero, l’anghelos, sono il
vostro medium, a me è affidato il dovere del racconto: conosco i nessi, la sintassi,
le ambiguità, le malizie della prosa, del linguaggio » (OO, p. 39). Pausanias
qui représente, dans le texte de Consolo, les Proci, les prétendants de la
naissante littérature postmoderne qui se font les complices, à moins qu’ils
n’en soient les fauteurs, de l’assassinat de la culture et de la mémoire par
le pouvoir politico-médiatique déjà tout-puissant depuis un certain décret
de 1983. Pausanias à qui Empédocle, dont Consolo reprend à son compte
l’approche sensorielle et poétique de la connaissance et la philosophie du
savoir révélé par le logos, rétorque :
Che menzogna, che recita, che insopportabile linguaggio! È proprio il degno figlio di
quest’orrendo tempo, di questo abominevole contesto, di questo gran teatro compromesso,
di quest’era soddisfatta, di questa società compatta, priva di tradimento, d’eresia, priva di
poesia. Figlio di questo mondo degli avvisi, del messaggio tondo, dei segni fitti del vuoto.
(OO, p. 40)
Que s’est-il passé pour que, après avoir engagé directement sa responsabilité
en tant qu’écrivant, celui qui écrit apostrophe ainsi le lecteur et
l’accuse d’être le complice de l’assassinat du logos par les Proci de la littérature
de masse ?
Peut-être la réponse se trouve-t-elle dans ce qu’ils ont tous en commun :
le langage, l’écriture, les mots en somme ?
Peut-être tout cela a-t-il commencé dans les mots, par les mots ?
C’est en tout cas ce que Consolo entend démontrer, comme Sciascia
l’avait fait, en 1978, à l’occasion de sa magistrale enquête philologique sur
les documents relatifs à l’Affaire Moro 9. Une enquête où il donnait raison
à Pasolini qui, dans son célèbre article de 1975, dit “l’article des lucioles”,
affirmait déjà que « comme toujours, ce n’est que dans la langue que sont
apparus les premiers symptômes ». « Les symptômes, commente Sciascia,
de la course vers le vide de ce pouvoir démocrate-chrétien qui avait été,
jusqu’à dix ans auparavant, la continuation pure et simple du régime fasciste.
» (AM, p. 15)
Les mêmes symptômes s’étaient justement manifestés dans les années
qui avaient précédé la montée du fascisme, et la transformation du langage
en gesticulation oratoire, en rhétorique patriotarde 10, avait déjà été
un signe avant-coureur, une préfiguration de la corruption du corps social
et de la vie publique par la peste fasciste. Alors, la langue que Verga avait
forgée pour son poème narratif, son « épopée populaire » (OO, p. 48),
s’était abîmée dans « la retorica sicilianista, l’equivoco, l’alibi regressivo e
dialettale dei mafiosi, dei baroni e dei poetastri » (p. 77), ou s’était perdue
dans l’aphasie et le silence, devant « l’eloquio vano, prezioso e abbagliante di
D’Annunzio, […] i giochi spacconi e insensati dei futuristi » (p. 59).
De la même façon, les malheurs de Gela ont commencé lorsque, au lieu
d’encourager, après l’unanimisme fasciste, ce qui aurait pu être un nouveau
Risorgimento culturel et linguistique, la plupart des intellectuels italiens,
pour des raisons largement idéologiques, ont préféré, comme Visconti,
tourner des films tels que La terra trema, où « la lingua inventata da Verga
regrediva in dialetto, in suono incomprensivo, in murmure di fondo » (OO,
- 50) ou bien considérer, comme Vittorini, que la découverte de pétrole
dans les tombes grecques et les citernes sarrasines de ce petit village de
pêcheurs et la naissance de Gela 1, Gela 2, Gela 3 et de la Gulf Italia
Company méritaient d’être célébrées à grand renfort de « volenterosa poesia,
retorica industriale, lombarda e progressiva » (p. 78).
Le résultat de ces choix esthétiques et politiques, dont Consolo n’exclut
pas, comme on l’a vu, que lui-même et le lecteur aient pu être les
complices, s’affichent sur le visage de la Gela des années quatre-vingt et
la misère culturelle et morale dans laquelle vivent ses habitants se reflète
dans le spectacle de désolation qu’elle offre au voyageur. La misère des plus
jeunes, en particulier, qui n’ont eu pour seuls repères que ceux qui leur
- L. Sciascia, L’affaire Moro, Palermo, Sellerio, 1978 ; ci-après AM.
- Sciascia avait analysé les raisons politiques et sociologiques de ce qu’il considérait, déjà, comme une dérive
irréversible de la langue et de la littérature vers la confusion et le vide dans 1912+1, Milan, Adelphi, 1986, p. 13-16.
ont été fournis par « la furbastra e volgare letteratura sulla degradazione e la
marginalità sociale, sul male di Gela, di Licata, di Palma di Montecchiaro,
di Canicattì o di Palermo servito in serials televisivi, in Piovra 1, Piovra 2,
Piovra 3 [e nei] libri di vuote chiacchiere, di stanca ecolalia sui mali di Sicilia »
(OO, p. 80). Quant à ceux qui n’ont même plus ces repères-là, il ne leur
reste que « il linguaggio turpe della siringa e del coltello, della marmitta fragorosa
e del tritolo » (p. 79).Si, effectivement, tout s’est d’abord joué dans
la langue du fait d’une funeste trahison des clercs, Consolo semble penser
que ce n’est qu’avec la langue que l’on peut reconstruire ce que la langue
du non-dire politique et la non-langue de la culture de masse ont détruit 11.
Et pour qu’on ne puisse pas dire de tous les villages de Sicile, de tous
les villages d’Italie, ce que, à la fin des années quatre-vingt, il dit d’Acitrezza
qui n’est plus que « morte dell’anima, sigillo d’ogni pianto, arresto del
canto, fine del poema, turbinio di parole, suoni privi di senso » (OO, p. 49),
il proclame que
Trova solo senso il dire o ridire il male, nel mondo invaso in ogni piega e piaga dal diluvio
melmoso e indifferente di parole atone e consunte, con parole antiche o nuove, con diverso
accento, di diverso cuore, intelligenza. Dirlo nel greco d’Eschilo, in un volgare vergine
come quello di Giacomo o di Cielo o nella lingua pietrosa e aspra d’Acitrezza. (OO, p. 77)
Il ne s’agit pas là d’une simple déclaration de poétique mais d’une
véritable déclaration de guerre contre la langue corruptrice du pouvoir,
dénoncée précédemment par Pasolini et Sciascia, de la même façon que
le refus du récit était une déclaration de guerre contre la pensée unique
incarnée par le tout-puissant narrateur, le roman étant le genre littéraire le
plus menacé par l’une et par l’autre car, « dès lors qu’il doit nécessairement
contenir une valeur communicative, il risque d’être envahi par la communication
du pouvoir, il risque d’être entièrement possédé par sa langue »
(DQDF, p. 235).
Pour ne pas être possédé par la langue uniformisante de ce pouvoir destructeur
de culture et de mémoire dont la disparition des lucioles marque
métaphoriquement la naissance, par la langue de la nouvelle société de
masse, Consolo entend donc, comme Verga autrefois, inventer un nouveau
logos, capable d’aller au-delà de l’idéologie dominante, au-delà de la signification
historique et politique, « dans le sens d’une condition humaine
- À propos de la langue du non-dire inventée par les hommes politiques italiens à l’aube des années quatrevingt,
voir la réflexion de Sciascia dans L’affaire Moro, explicitement énoncée p. 15-16 et développée tout au long
de son enquête sur les documents de l’enquête. Quant à la non-langue de la culture de masse ici dénoncée, elle
fait l’objet d’une analyse critique plus approfondie de la part de Consolo dans la dernière section de Di qua dal
faro intitulée Parole come pietre.
générale et éternelle. Un langage qui, en allant de la communication vers
l’expression, rejoint donc la poésie » (DQDF, p. 229 et p. 282).
De fait, à l’instar de la construction polyphonique qu’il a élaborée en
atomisant le récit en une succession horizontale de tranches de vie qui
trouvent leur cohérence dans les rapports psychologiques et physiques qui
lient les uns aux autres ceux qui les ont vécues et les relient aux lieux où
ils ont vécu, Consolo forge une langue multiple en creusant verticalement
dans l’épaisseur des stratifications linguistico-culturelles accumulées dans
le creuset sicilien. Ainsi, dans le même paragraphe et parfois dans la même
phrase, se succèdent des mots d’autrefois et des mots d’aujourd’hui, des
mots d’ici et des mots d’ailleurs, dans une infinité de combinaisons qui
permet à la fois de capturer au mieux la vraie réalité et d’échapper aux tentatives
de récupération par la langue plate et vide du discours dominant,
grâce à un “mistilinguisme” que nous avons analysé de façon plus systématique
dans d’autres travaux 12 et dont les citations que nous donnons ici
en langue originale donnent un aperçu.
Cependant, cette langue hybride, ce cheval qui recèle dans ses flancs
les troupes bigarrées de toutes les langues du bassin méditerranéen à travers
les âges et qui est destiné à faire tomber la nouvelle Troie de la kermesse
médiatico-littéraire afin qu’Ulysse-Consolo puisse rentrer dans une
Ithaque débarrassée des usurpateurs, n’est-elle pas l’un de ses monstres
artificiels capables de réveiller les vrais monstres que l’on voit lorsqu’on
s’approche de Gela, de vrais monstres à la double nature, issus eux aussi de
strates multiples, capables eux aussi de tromper sur leurs origines et leurs
fins, et qui ressemblent à s’y méprendre aux Cyclopes et aux Lestrygons qui
entravèrent jadis le retour d’Ulysse et annoncèrent naguère le fascisme ?
Sono ancora lì sparsi i fortini, le casematte della difesa costiera, sembrano, affioranti dalle
dune, dai macconi, bianchi di fresca scialbatura, le coperture a calotta, i neri occhi delle
feritoie, le teste di giganti, d’arcaici guerrieri che stanno per risorgere o mostri, robot di calcestruzzo,
che emergono da ipogei, caserme sotterrranee, avanzano, marciano, distruggono
[…] Più avanti, nella vasta landa saudita, sono le teste d’ariete, i lunghi colli delle pompe
che vanno su e giù come in un movimento vano e inarrestabile, gli astratti metafisici
ingranggi di cui nessuno sa l’origine e il fine. Qui è il teatro dell’abbaglio e dell’inganno,
del petrolio favoloso […] qui il Gela 1, Gela 2, Gela 3 [che] accesero Mattei di forza e di
- Voir, en particulier, L. Bossi, La voix de la Sicile, entre idiolecte et mistilinguisme (actes du colloque international
« Les enjeux du plurilinguisme dans la littérature italienne », CIRILLIS de l’université de Toulouse-Le
Mirail, 11-13 mai 2006). Collection de l’ECRIT, CIRILLIS/IL LABORATORIO, Presses de l’université de
Toulouse-Le Mirail, 2007. Ead., De Verga à Camilleri : entre sicilitude et sicilianité, les auteurs siciliens font-ils du
genre ? (actes du Séminaire « Identité(s), langage et modes de pensée », CERCLI de l’université de Saint-Étienne,
7 novembre 2003), dans Identité, langage(s) et modes de pensée, études réunies par Agnès Morini, Publications
de l’université de Saint-Étienne, 2004.
speranza, lo spinsero alla sfida dell’ENI statuale al duro capitalismo dei privati, al Gulf
Italia Company, alla Montecatini […], posero sopra le facce malariche dei contadini i
bianchi caschi di plastica operaia.
Da quei pozzi, da quelle ciminiere sopra templi e necropoli, da quei sottosuoli d’ammassi
di madrepore e di ossa, di tufi scanalati, cocci dipinti, dall’acropoli sul colle difesa
da muraglie, dalla spiaggia aperta a ogni sbarco, dal secco paese povero e obliato partì il
terremoto, lo sconvolgimento, partì l’inferno d’oggi (OO, p. 78-79).
Comme l’auraient dit Manzoni, et Sciascia après lui, ainsi allaient les
choses en 1994.
Pour avoir trop bien manipulé la technique de ce sous-produit littéraire
de la culture de masse qu’était le roman policier dans les années soixantedix,
Sciascia, justement, avait été accusé d’avoir, avec ces préfigurations que
sont Il contesto et Todo modo, provoqué en quelque sorte « l’affaire Moro »
alors même que son but était de dénoncer les énigmatiques corrélations
dont Moro a été l’acteur et la victime, ainsi que le langage du non-dire
qu’il a si bien su utiliser et qui l’a ensuite empêché de se faire comprendre 13.
Mais depuis, le roman policier et sa structure sont devenus une sorte de
schéma narratif unique utilisé non seulement par ceux qui veulent, à la
suite de Sciascia, dénoncer les dérives du pouvoir politico-médiatique 14,
mais aussi et surtout par les suppôts de ce même pouvoir dont les ouvrages
produits à la chaîne étouffent et excluent toute tentative de subversion et se
bornent à entretenir les peurs ataviques et les comportements paranoïaques
que le pouvoir a toujours su utiliser à son profit.
De la même façon, alors que Consolo espérait encore, à la fin des années
quatre-vingt, pouvoir opposer au déferlement de la communication standardisée,
son épos à la structure polyphonique, composée de tout le substrat
mythopoétique méditerranéen, et son nouveau logos, sa langue plurielle,
faite de toutes les langues d’histoire et de mémoire fondues dans le creuset
sicilien, ses tentatives et celles de ceux qui, comme lui, s’efforçaient de faire
entendre des voix marginales, ont été noyées dans un multiculturalisme
et un communautarisme institutionnels grâce auxquels ces voix ont été
récupérées et canalisées.
En démultipliant et en divisant ainsi les enracinements culturels au
nom d’une diversité de façade, les serviteurs du pouvoir ont réussi à affaiblir
les racines de l’olivier dans lequel Ulysse avait taillé sa couche nuptiale,
- Voir AM, p. 16 et p. 27. Consolo a lui-même fait une analyse des choix narratifs de Sciascia dans la section
de Di qua dal faro intitulée Intorno a Leonardo Sciascia, p. 185-208, dans laquelle on lira avec profit les articles
Letteratura e potere et Le epigrafi, en particulier p. 199.
- Massimo Carlotto ou le collectif Wu Ming, entre autres représentants du genre noir d’inchiesta, exploitent
aujourd’hui cette veine et se substituent aux journalistes et aux historiens défaillants.
Lise Bossi
qui est aussi le berceau de toute notre civilisation, et, par myopie ou de
propos idéologique délibéré, à ne préserver que cette partie du tronc sur
laquelle prospère l’oléastre, l’olivier sauvage.
Encore quelques années et la langue de Consolo, dont la complexité
sémantique et la richesse lexicale défient déjà la traduction, sera devenue
incompréhensible pour la plus grande partie de ses compatriotes ; encore
quelques années et plus personne ne saura pourquoi Ulysse voulait tant
revenir à Ithaque. Et alors, qui dira le mal et dans quelle langue ?
Intervista a Vincenzo Consolo realizzata da Jean Fracchiolla.
Jean Fracchiolla
Questa è l’ennesima intervista che faccio con Lei. Ho scelto soltanto
alcune domande perché ovviamente non posso farle tutte.
Poi toccherà a voi (il pubblico presente) soddisfare i vostri interessi,
da quello che avrete sentito.
Nella Sua lunga e ricca produzione si può notare un ritmo piuttosto
lento, meditato e regolare, poiché non si può dire che Lei
sia un grafomane che scrive e pubblica uno o due libri all’anno,
come è diventato di moda oggi. Però ciò che colpisce, quando
si percorre la Sua bio-bibliografia e il lungo periodo di silenzio
che intercorre tra il Suo primo romanzo La ferita dell’aprile e il
secondo Il sorriso dell’ignoto marinaio, del 1976. Sono ben dodici
anni di assenza dalla scena letteraria. Potrebbe un po’ chiarire
questo periodo di silenzio o almeno di non espressione letteraria?
Vincenzo Consolo
Dallo Spasimo di Palermo in poi questo mio lungo silenzio
può ricordare quello intercorso fra La ferita dell’aprile ed Il sorriso
dell’ignoto marinaio. Sembra quasi una dimissione dall’impegno
letterario, dalla scrittura. Credo che dopo l’opera prima dove
si mette in campo tutta la propria memoria personale, infatti La
ferita dell’aprile è la memoria della mia adolescenza, bisogna
capire chi si è e dove si vuole andare. Il titolo è preso da Elliot:
“Aprile è il mese più crudele”1. Da qui il titolo La ferita dell’aprile
che era la ferita dell’adolescenza, ma anche la ferita del luogo e
del momento storico di cui parla il narratore, che era la Sicilia e la
1 ELLIOT, T.S., La terra desolata.
strage di Portella della Ginestra e quindi i risultati delle votazioni
del ’48 che hanno portato quel potere politico che conosciamo
che è durato tanti anni.
Ma voglio precisare che dopo la prima opera mi sono chiesto
chi sono e dove voglio andare e non è stato facile darmi una risposta…
E dopo bisogna programmarsi, sapere qual è la propria
identità. Questo lungo silenzio ha coinciso anche con le mie vicende
private perché nel ‘68 sono andato via dalla Sicilia. Avevo
fatto i miei studi a Milano, il servizio militare, poi avevo deciso
di fare lo scrittore in Sicilia. Ero stato lì cinque anni ad insegnare,
frequentando Lucio Piccolo e Leonardo Sciascia. Questi erano i
miei due riferimenti. Erano di quanto più opposto si possa immaginare.
L’uno poeta puro, quasi mistico, i suoi poeti per antonomasia
erano San Juan de la Cruz e Góngora, poeta barocco.
Piccolo era cugino di Tommaso di Lampedusa. E dall’altra parte
il razionalista illuminista Leonardo Sciascia. E quindi io dovevo
scegliere il mio camino: da una parte o dall’altra…
Jean Fracchiolla
Ma apparentemente, quando si conosce la Sua opera, ha scelto
questi due poli opposti e li ha conciliati?
Vincenzo Consolo
Si, e poi mi sono mosso verso i disegni della Storia. Verso il grande mondo occidentale… nella parte orientale c’è più natura,
più storia remota, storia greca… ed invece da quell’altra parte ci
sono segni più ricchi e più evidenti delle storie che si sono susseguite.
E quindi sono passati tutti questi anni con le mie ricerche
storiche, personali, ecc. Mi ero portato documenti dalla Sicilia. Ho
continuato poi a fare le mie ricerche, al Museo del Risorgimento
di Milano, dove il direttore si chiamava Canzio Garibaldi: era un
discendente di Garibaldi, molto simpatico e mi ha molto aiutato.
Poi ho progettato questa trilogia che parte dal Sorriso dell’ignoto
marinaio affrontando tre momenti importanti della storia italiana:
nel primo romanzo il Risorgimento, in Nottetempo, casa per casa
la nascita del fascismo. Mi sono chiesto come mai può nascere un
fenomeno così aberrante in un Paese, ho cercato di capirne le ragioni.
Le ho trovate soprattutto in una grande decadenza culturale (imperava in quegli anni il fenomeno di D’Annunzio) e soprattutto nell’insorgere di misticismi di segno bianco e di segno nero, rappresentato quest’ultimo dal satanista inglese Alaister Crowley.
E quindi il terzo libro Lo spasimo di Palermo che prende il
nome dalla Chiesa dello Spasimo e dal quadro di Raffaello che si
chiama “Lo spasimo di Sicilia”. Questo spasimo che non finisce
mai, in cui narro della Sicilia contemporanea, del fenomeno aberrante
del potere politico mafioso e concludo con le due famose
stragi di Capaci e di via d’Amelio, con l’uccisione di Falcone e
Borsellino.
Il mio silenzio dopo questo ultimo libro della trilogia? Molto
è mutato in questi anni in Italia, c’è stata una profonda, terribile
mutazione antropologica, culturale e anche letteraria. La letteratura
vera, quella in cui ho creduto e in cui ho cercato di muovermi,
è ormai sepolta, sepolta dallo spettacolo, dall’imposizione mediatica,
tutto è spettacolo in Italia, dalla politica alla letteratura.
Tutta l’Italia è ormai telestupefatta per opera di un signore che è
a capo oggi del Governo italiano. In questa Italia, io come altri
della mia generazione ci sentiamo estranei e spesso siamo assaliti
da profonda malinconia, se non da furore. Ma bisogna continuare
a scrivere, si ha il dovere di farlo. E io lo farò, malgrado tutto.
Jean Fracchiolla
Ha fatto notare quindi che ha preso il titolo della ferita
dell’aprile da Elliot; vorrei far notare a mia volta che i titoli delle
opere di Consolo sono bellissimi. Prima di conoscerLa, di conoscere
la Sua opera pensavo che quei bei titoli li sapevano dare
soltanto Françoise Sagan o Marguerite Duras che hanno dei
titoli di romanzi straordinari, ma veramente anche i Suoi sono
all’altezza di quelli dati da queste due scrittrici alle loro creazioni.
Questa è però una piccola osservazione, fatta così, en passant.
Ma tornando al nostro argomento, sappiamo appunto dei legami
di amicizia che L’hanno legata a Sciascia ed a Lucio Piccolo.
Può raccontarci il modo in cui li ha conosciuti e qual è stata la
loro influenza sulla Sua opera?
Vincenzo Consolo
Lucio Piccolo me lo ricordo da quand’ero ragazzino. Sulla strada
del mio paese passava con una macchina di lusso, decapottabile
con lo chauffeur. Dietro c’erano due signori, uno magro e
l’altro un po’ corpulento. Ed erano Lucio Piccolo ed il principe
di Lampedusa. Era il ’43. Lampedusa con la madre era sfollato a
Capo d’Orlando per i bombardamenti che c’erano a Palermo. Poi
un giorno io ero da un libraio che era anche rilegatore, si chiamava
Zuccarello, e Piccolo è entrato con l’autista ed ha portato
le poesie. Ha detto: “queste sono le poesie e mi deve stampare
un libretto e 60 copie, non di più”. Erano delle poesie intitolate
“Nove liriche”. Ed erano le poesie che poi mandò a Montale per il
Premio San Pellegrino. Poi Bassani da una parte, Montale dall’altra
raccontano sia nei Canti Barocchi, che nell’Introduzione del
Gattopardo l’arrivo di questi due geni siciliani, nel contesto dei
letterati che erano lì radunati a San Pellegrino…
I miei libri erano appoggiati sul tavolo, li avevo portati al
rilegatore. Piccolo mi dice: “Ah queste storie locali! Anch’io le
amo molto. Sono piene di insospettabile poesia! Venga a trovarmi
perché ne ho un’intera biblioteca”. Ed è così che cominciai a
frequentarlo. E per me era come andare a scuola di letteratura
perché era di una cultura sterminata. Parlava sempre lui. Io
l’ascoltavo e puntualmente ogni volta mi diceva quando lo salutavo:
“Venga Consolo, torni” ed era stabilito precisamente tre
volte alla settimana, “Venga e facciamo conversazione”. Conversazione…
parlava sempre lui… (risate).
Comunque poi quando pubblicarono il mio primo libro La
ferita dell’aprile lo inviai a Sciascia, con una lettera, dichiarando
il mio debito nei suoi confronti e lui mi rispose con una lettera
facendo molte domande sul tipo di linguaggio che avevo adoperato.
Incominciai a frequentare Sciascia il quale puntualmente
mi diceva “salutami Piccolo” e Piccolo mi diceva quando andavo
a trovare Sciascia “salutami il caro Sciascia” e quindi facevo da
messaggero, da angelos… Poi finalmente ho fatto in modo che
s’incontrassero. Sciascia è venuto al mio paese ed insieme siamo
andati a trovare Lucio Piccolo, e Sciascia ha scritto poi che
le personalità più interessanti che lui aveva incontrato nella sua
vita, quelle che l’avevano più colpito erano state Borges e Piccolo.
È stato un incontro bellissimo. A quei tempi non si pensava
a registrare questi incontri… Peccato… Quando decisi di lasciare
la Sicilia perché ho visto che lì il mondo contadino spariva, che
il mio stare lì non aveva più senso, mi sono consigliato con loro
due. Sono cose che ho già raccontato. Sciascia mi ha detto “Se
io fossi giovane come te. Se non avessi famiglia anch’io farei le
valigie e me ne andrei perché qui non c’è più speranza”. E Piccolo
dall’altra parte mi disse: “Non se ne vada, non se ne vada… perché
quando si sta lontano dai centri si ha più fascino”. Ragionava
da barone ricco e fuori dal mondo. Da razionalista-storicista ho
deciso di fare le valigie ed andare… Andare nella città che avevo
idealizzato, dove avevo fatto i miei studi, a Milano. L’unica città
per me possibile era Milano, la città degli illuministi, la città di
Manzoni, di Cesare Beccaria, la città con una tradizione operaia,
la città di Verga e di Capuana… di tutta una serie di scrittori siciliani
che avevano raggiunto questa patria immaginaria. Vittorini
era appena morto. Io ho fatto in tempo a conoscerlo alla Mondadori
a Milano quando pubblicai il mio primo libro. Mi hanno
portato nel suo ufficio, mi hanno presentato a Vittorini e poi ho
rivisto Quasimodo che avevo già incontrato in Sicilia. Anzi avevo
fatto incontrare Quasimodo, che era in vacanze dalle mie parti,
con Lucio Piccolo. Lui non voleva incontrarlo, perché Piccolo era
stato scoperto da Montale, il suo grande nemico. Poi finalmente
si convinse ed è venuto con me ad incontrare Piccolo. Piccolo ha
dato il meglio di sé in quell’incontro e Quasimodo lo guardava
ammirato, e poi quando siamo usciti mi disse “questo piccolo
poeta”… (risate)
Jean Fracchiolla
Non “questo, Piccolo, poeta”…
Vincenzo Consolo
E poi volevo sottolineare che in tutti i miei libri c’è il movimento.
Un segno letterario inaugurato da Vittorini con “Conversazioni
in Sicilia”. Quasi tutta la letteratura italiana si svolgeva sempre
in luoghi chiusi, Vittorini per primo ha inaugurato il movimento,
il viaggio di ritorno. E quindi questa lezione l’ha appresa D’Arrigo
con Horcynus Orca. Ne La ferita dell’aprile c’è un movimento
dell’io narrante che viene da un luogo dove parlano un dialetto
gallo italico, ancora parlato da una piccola comunità di origine
lombarda. Approda in un paese di mare per andare a scuola e
quindi passa dal gallo italico al siciliano e poi all’italiano. E dunque
questo viaggio linguistico parte dalle profondità storiche per
arrivare all’orizzontalità della comunicazione.
Jean Fracchiolla
Parliamo ora un poco di Retablo. Il protagonista di Retablo è il
Cavaliere Clerici. Retablo si svolge nel 700’, ma Lei ha conosciuto,
credo, a Milano, un Clerici pittore. Allora è questo Clerici che Le
ha dato l’idea poi del Cavaliere Clerici? Perché so che avete viaggiato
insieme in Sicilia…
Vincenzo Consolo
Fabrizio Clerici è già apparso in un libro di Savinio Ascolto il
tuo cuore, città. Savinio dice a Clerici: “Io mi chiamo De Chirico,
tu ti chiami Clerici, ma sicuramente saremo parenti, perché
abbiamo quasi lo stesso cognome: De Chirico e Clerici”. Fabrizio
Clerici è stato un pittore surrealista straordinario.
Anni fa, c’è stato a Palermo un matrimonio fastoso della nobiltà
palermitana, dove ero testimone di nozze con Fabrizio
Clerici, Guttuso ed altre persone. Alla fi ne dei festeggiamenti
con Clerici e con Bice Brichetto, scenografa di films di Luchino
Visconti, siamo partiti per un breve viaggio attraverso la Sicilia
classica, Segesta, Selinunte, Mozia, ecc. Vedevo Fabrizio Clerici
che disegnava e da lì mi è venuta l’idea di scrivere Retablo ed
il senso del libro era di un Clerici illuminista che s’innamora
di Teresa Blasco metà siciliana, metà spagnola e non è corrisposto.
Teresa Blasco sposa Cesare Beccaria e hanno una fi glia
Giulia Beccaria, la madre di Alessandro Manzoni. Si passa dunque
dall’illuminismo, dalla ragione al sentimento, alla poesia,
dall’ideologia alla letteratura insomma. E quindi mi sembrava
che Clerici potesse impersonare un illuminista che lascia la città
fortemente ideologizzata alla ricerca delle tracce di quelli che
sono i segni della donna di cui lui è innamorato e scopre un
mondo di sentimenti, scopre un mondo di dolore. Sentimenti
che non può rappresentare un’ideologia politica, ma può rappresentare
soltanto la letteratura.
Jean Fracchiolla
Cambiando argomento, vorrei ora parlare un po’ con Lei del
degrado della Sicilia e delle città siciliane di cui ho citato qualche
esempio nei Suoi libri. Secondo Lei, questo degrado continua
tuttora? Perché, per esempio, io sono vissuto alcuni anni in Sicilia
e ultimamente ci sono tornato parecchie volte, ed ho visto che
hanno fatto molti sforzi di restauro a Siracusa per esempio; anche
a Palermo hanno restaurato palazzi, si sono dati da fare. Il teatro
Massimo, che da tempo era stato abbandonato (chiuso per 25
anni), l’hanno riaperto appunto quando io lavoravo a Palermo.
Allora c’è ancora qualche speranza, oppure questo degrado è
definitivo?
Vincenzo Consolo
Ma si, adesso stanno cercando di rimediare. Stanno restaurando
il Teatro Massimo. Il Pitré si lamentava che per costruire quel
palazzo ottocentesco progettato dal Basile avevano abbattuto un
numero spropositato di antiche chiese e conventi per fare spazio a
questo teatro perché la borghesia e la nobiltà palermitana avevano
bisogno del teatro. Da una parte avevano fatto costruire il Politeama
progettato dall’architetto Damiani Almeyda. Dall’altra parte il
Massimo con il Basile. Ma voglio dire, stanno restaurando questi
monumenti, ma le macerie dei quartieri palermitani rimangono
ancora lì cintate da mura di tufo, dietro cui vive la povera gente in
case disastrate. C’è stato dal secondo dopo guerra in poi una sorta
di stallo perché non si sono accordati sul recupero della città, sul
piano regolatore. Quindi lì c’è un gioco di corruzione, di mazzette…
Ricordiamo che nel secondo dopo guerra, quelli che hanno messo
le mani sulla città sono stati tre signori che hanno formato una
impresa edile, per costruire la nuova Palermo, la Palermo orrenda
che ha soffocato la Palermo storica. Questa società si chiamava
Valigia ed era l’acronimo di tre signori. Uno si chiamava Vassallo,
un mafioso. Un altro signore si chiamava Lima -era il referente siciliano
di Andreotti che poi è stato ucciso- ed il terzo si chiamava
Gioia, che è stato anche lui un eminente uomo politico. Ed era la
società Valigia che ha messo le mani sulla città e ha costruito gli
orrendi quartieri attorno al centro storico. Era l’epoca in cui con
la dinamite fecero saltare le ville “liberty” per costruire grattacieli.
Adesso non conosco le nuove iniziative urbanistiche, ma c’è un
signore che si chiama Micciché, che era il presidente dell’Assemblea
Regionale Siciliana che progettava campi da golf, un altro
presidente dell’Assemblea regionale, di Alleanza Nazionale, aveva
progettato un parco mistico nel territorio del tempio di Segesta con
statue di vetro resina di Padre Pio, Madre Teresa di Calcutta, Giovanni
XXIII e un altro aveva progettato un aeroporto dei templi in un luogo che si chiama la Noce dove aveva la casa di campagna Leonardo Sciascia, che è un luogo collinare: avrebbero dovuto distruggere tutte le case dei contadini e le case dei proprietari terrieri e spianare le colline. Per fortuna queste cose non le hanno fatte.
Siccome sappiamo che gli apparati sono sempre in mano a forze
oscure, che questi legami al Sud si chiamano mafia, che è una
parola inedita, mi sono permesso di ricordare al signor Lombardo,
attuale presidente della Regione Siciliana, di avere rispetto del territorio
e quindi dei cittadini in un articolo sul Manifesto.
Jean Fracchiolla
Volevo farLe naturalmente una domanda sulla mafia che eviterò
ormai, perché comunque ha già risposto con quello che ha
detto su Palermo…
Vincenzo Consolo
Ma invece parliamone, parliamone…
Jean Fracchiolla
Allora secondo Lei il potere e l’influenza della mafia si sono
indeboliti oppure la mafia oggi è sempre quella che era?
Vincenzo Consolo
È cambiata. Ovviamente non è più la mafia rurale, corleonese.
Si è allargata: i suoi tentacoli si sono allargati alla maggior parte
dei paesi della Sicilia ed oltre. Non ha confini. Il modo di agire
mafioso ormai è diventato una cultura. Devo dire che questa
parola “mafia” per la prima volta l’hanno usata due studiosi. Un
piemontese e l’altro toscano. Ci fu una ribellione da parte degli
intellettuali siciliani di fronte a questa specificità vergognosa della
Sicilia e c’è stato Capuana che ha scritto un libello contro l’inchiesta
di questi due studiosi quando per la prima volta hanno parlato
della mafia, dicendo: “Ma come il brigantaggio è dappertutto
perché questa specificità?”. E Capuana per la prima volta usa la
parola piovra -perché la mafia viene raffigurata come una piovra e
spiega come se la Sicilia fosse stretta dai tentacoli di un’enorme
piovra. Mi è capitato di leggere adesso un romanzo scritto da un
signore del 1858, che è stato esiliato -anzi confi nato- come molti
rivoluzionari del ‘48. Si chiama Pietro Minneci ed è un poeta, uno
scrittore che scrive un romanzo intitolato Ustica e parla delle sue
esperienze ad Ustica, dove sono stati confinati molti antifascisti
negli anni ‘30, dove è stato anche Gramsci. E lui racconta di una
società che si chiama la società dell’umiltà. E racconta, nei minimi
particolari, cosa era questa organizzazione, perché i confinati
politici vivevano insieme ai delinquenti comuni. E questa società
era l’archetipo della mafia; quindi già nei primi anni dell’Ottocento
esisteva questo fenomeno mafioso, che prima aveva un nome
“compagnia della società dell’umiltà” e poi si chiamò “mafia”.
Jean Fracchiolla
Bene, quindi la Sicilia ancora oggi è tale quale Lei la descrive
e nessuno sembra sentire o capire gli avvertimenti o le grida che
Lei lancia nei Suoi romanzi. Ma secondo Lei, cosa bisognerebbe
fare per tentare di svegliare questa Sicilia, di cui già Lampedusa
diceva che nessuno può svegliarla dal suo sonno? Cosa bisognerebbe
fare secondo Lei?
Vincenzo Consolo
Non lo so… bisognerebbe mandare certi uomini politici a casa
e trovare delle persone oneste, intelligenti, colte e cercare di governare
non solo la Sicilia ma tutto il nostro Paese in un altro
modo, in modo più civile, più onesto, più corretto, più democratico.
Non voglio fare il solito lamentoso pessimista ma il nostro
Paese è degradato a questi estremi che sono preoccupanti. Non
solo dal punto di vista politico, ma anche dal punto di vista culturale,
etico, morale. Ci sono degli spiragli in Sicilia: si sono opposti
clamorosamente al Pizzo i ragazzi di Palermo. Con il sequestro
dei beni mafiosi, con le associazioni contro la mafia come “Libera”
e l’ “Acio” si cerca di diffondere la cultura della legalità,
di far conoscere il lavoro dei magistrati e delle istituzioni che si
oppongono alla mafia. Si fanno nelle scuole manifestazioni per
far capire ai giovani la necessità di vivere nella legalità. Anche a
Milano si dovrebbe fare qualcosa di simile perché anche al Nord
aumentano le infiltrazioni mafiose, non legali.
Jean Fracchiolla
Quando ho letto quella lunga citazione alla fi ne della mia presentazione,
Lei dice: “La politica si preoccupa della sorti immediate
dell’uomo e la letteratura, invece, va al di là del tempo contingente”.
Allora: non Le è mai stato offerto di lanciarsi, di buttarsi nella
politica? Lei stesso non è mai stato tentato dalla politica? E perché?
Vincenzo Consolo
Perché è una attività che non saprei svolgere. Una volta mi ha
telefonato un segretario di quello che si chiamava PDS, partito
democratico di sinistra. Mi aveva invitato a mettermi in lista per il
Senato ed io gli ho detto di no. Lui mi ha detto “è un tuo dovere”,
ed io gli ho risposto “il mio dovere è quello di scrivere”.
Jean Fracchiolla
Cambiamo argomento. Ogni lettura che facciamo lascia una
traccia in noi; quindi, di tutte le letture che ha fatto, quali sono
i libri, gli autori che Le hanno lasciato una traccia più profonda?
Vincenzo Consolo
I classici. Per un uomo della mia età, per uno cresciuto subito
dopo la seconda guerra mondiale, che è nato in un’estrema periferia,
dove non c’erano libri, biblioteche, librerie, se non quelle
scolastiche, la sete di libri era tanta e ho avuto la fortuna di avere
-di fronte a casa mia- un piccolo proprietario terriero che era un
grande lettore ed era cugino di mio padre, don Peppino Consolo.
Ho scoperto questa sua biblioteca e lui mi faceva leggere a casa
sua in cucina sul tavolo di marmo perché non mi permetteva
di portare i libri a casa, aveva paura che li sciupassi. Lui mi ha
iniziato a leggere i classici. Il primo libro è stato I miserabili di
Victor Hugo che mi ha molto colpito, poi naturalmente mi sono
nutrito in quegli anni dell’adolescenza di tanti altri classici. È stata
una stagione molto importante per me, per fortuna non c’era
quell’idiozia della televisione, per cui l’unico modo di scoprire il
mondo per quelli della mia generazione erano le pagine dei libri.
Jean Fracchiolla
Un’ ultima domanda e poi vorrei lasciare spazio anche ai presenti.
Allora ci conosciamo da una trentina di anni e spero che
andremo avanti ancora almeno per trent’anni: che impressione Le
fa di essere arrivato a questa età con un’opera così importante e
significativa alle Sue spalle?
Vincenzo Consolo
Ho il rammarico di aver scritto poco per la verità, di essere
stato molto laconico e un po’ disertore praticando però assiduamente
quella che Roland Barthes chiama la scrittura d’intervento,
vale a dire gli interventi giornalistici sull’attualità politico-sociale.
E c’è anche la vita, c’è l’attacco di malinconie per gli spettacoli
che vedi, per quello che vorresti non accadesse e si ha il dovere
di lavorare, di scrivere perché se ci fermassimo ognuno nel proprio
lavoro sarebbe un guaio per tutti. Ecco c’è il rammarico di
aver scritto poco, di non aver scritto di più, di non esser stato
più presente, più incisivo, nel quadro della letteratura italiana.
Io voglio ringraziare i professori qui presenti che hanno avuto la
generosità di occuparsi di me, di dire qualcosa su di me in senso
positivo. Sono loro molto grato. Per fortuna che ancora ci sono i
professori, c’è l’università, perché sono come gli amanuensi nei
conventi che copiavano i codici antichi per non farli distruggere
dai barbari che arrivavano. Oggi i barbari sono i mass media diretti
dal potere politico-economico.
Jean Fracchiolla
Grazie, Vincenzo, e adesso se le persone qui presenti hanno
qualche curiosità, qualche domanda da fare…
Salvatore C. Trovato
Non voglio fare una domanda a Vincenzo Consolo, ma voglio
ribadire, da siciliano, orgoglioso di esserlo, che la Sicilia non è
solo mafia, ma è soprattutto una terra di persone oneste. In Sicilia,
come altrove, ci sono anche i disonesti, i prevaricatori, chi
vuole vincere a tutti i costi e dominare. Da questo punto di vista
la mafia è una categoria dell’umanità costituita in società prima
che un fatto storico ben determinato e localizzato, e perciò si
trova dove c’è prevaricazione, violenza e mancanza di rispetto
verso il prossimo. Dappertutto, dunque, se gli elementi basilari
del viver civile vengono a mancare. In Sicilia questo fenomeno si
chiama mafia.
Il problema in ordine al fenomeno mafia c’è ed è notevole:
come sconfiggerla? Non con le geremiadi di vario tipo, ma, se mi
è lecito esprimere un mio parere, con l’impegno di tutti, sconfiggendo
il malcostume dalle mille sfaccettature, la prevaricazione,
la corruzione, le mille ingiustizie della vita di ogni giorno ed
educando le giovani generazioni al rispetto degli altri e oserei
dire all’amore per gli altri, cristianamente, al senso della libertà
individuale limitata da altra libertà individuale, alla legalità nel
senso più ampio. Voglio tanto illudermi che le famiglie e la scuola
queste cose possano ancora farle, in Sicilia e nel mondo.
Vincenzo Consolo
Sono d’accordo con Salvatore. C’è una Sicilia nobile, onesta
che malgrado tutto ancora resiste. Ed io l’ho vista questa Sicilia,
l’ho vista a Milano quando ero studente in piazza Sant’Ambrogio,
ho visto quando c’è stata la grande mutazione antropologica: la
fi ne del mondo contadino e il processo di industrializzazione del
nostro Paese. Masse di contadini che sono stati costretti a lasciare
la Sicilia ed approdare a Milano in piazza Sant’Ambrogio, per
essere poi sottoposti alle visite mediche, e poi mandati nei vari
paesi europei, mandati nelle fabbriche e nelle miniere del Belgio,
ecc. Dunque ho visto questa realtà. Devo dire che ero andato
in Sicilia quando ho scritto Le pietre di Pantalica perché mi ero
impegnato a scrivere un libro sui frati di Mazzarino, implicati in
un clamoroso episodio di estorsione e di minacce. Quando sono
arrivato lì, ho conosciuto la storia delle ultime lotte contadine
in quella zona, e l’occupazione delle terre incolte per ottenere la
riforma agraria. Ho lasciato di scrivere sui frati di Mazzarino, e la
prima parte del libro Le pietre di Pantalica è proprio sulle lotte
contadine, represse come sempre, come quelle del 1893. I contadini
sono stati costretti ad emigrare. Ho insegnato nelle scuole
agrarie quando ero in Sicilia, insegnavo “Diritto” ed “Educazione
civica”, in paesi di montagna, a Caronia, paese di boscaioli, di
carbornai. Questo paese era impoverito terribilmente con la crisi
dell’agricoltura e molti uomini sono stati costretti ad emigrare. Ci
sono stati anche suicidi di donne disperate perché rimaste sole,
senza il marito. Era un mondo terribile che mi aveva impressionato.
Sono persone che hanno pagato lo scontro della storia, hanno
pagato col sacrificio, spesso con la vita. Gli zolfatari che uscivano
della Sicilia e andavano in Belgio sono andati nelle miniere ed
anche lì ci sono state tragedie. E quindi c’è una storia della Sicilia
nobile, della Sicilia onesta, popolare e pulita però l’immagine che
prevale è stata quella della Sicilia dei trafficoni, dei mascalzoni,
la Sicilia che è quanto di più impronunciabile si possa immaginare,
di un signore che ha avuto rapporti sempre con la mafia, da
quando era a Palermo fi no adesso che si è trasferito a Milano e
ha fondato il partito “Forza Italia”. Ecco, quella è la Sicilia di cui
io mi vergogno, la Sicilia della sopraffazione, della violenza, del
fenomeno aberrante della mafia che parte da lontano, parte da
un sistema economico di tipo medievale, quello del latifondo, di
proprietari nobili che se ne restavano nei lori palazzi di Palermo,
i famosi Gattopardi, e ricevevano nei loro palazzi soltanto il pro131
fitto, le rendite, e non volevano sapere quello che succedeva nelle
loro terre dove gli umili erano molto spesso oggetto di violenza
e di ingiustizia. C’è uno scrittore che era stato costretto a scappare
dalla Sicilia per ragioni politiche, figlio di nobili, Michele
Palmieri di Micciché, che diventa amico di Stendhal a Parigi, e
che poi scrive un libro sugli usi e costumi siciliani dove racconta
degli episodi terribili appunto sulla Sicilia dei gabellotti, dei soprastanti.
Però questo non è successo solo in Sicilia. Quando c’è
un sistema di non equità, di ingiustizia, lo sfruttamento dei più
deboli c’è sempre.
Jean Fracchiolla
Grazie, Vincenzo. Qualche altra domanda su quello che è stato
detto… o non detto?
Giulio Ferroni
Prima volevo fare una domanda piuttosto semplice però questo
discorso sulla mafia m’interessa molto. Non sono siciliano
anche se amo moltissimo la Sicilia e credo che forse Vincenzo
potrebbe aggiungere qualcosa sulla situazione attuale, che in realtà
è molto più complicata, per la diffusione di comportamenti
mafiosi che sono in tutto il mondo, al di là della Sicilia. Però c’è
una specificità siciliana che attualmente ha assunto un nuovo volto
rispetto all’antica oppressione dei più deboli. Ci sono ora meccanismi
economici che suscitano il consenso degli stessi “deboli”.
C’è una distribuzione di ricchezza di basso livello, fatta attraverso
l’uso di modalità politiche, che hanno cambiato il volto del potere
della mafia e rendono più difficile la situazione. Così gli enti
locali assumono dipendenti per fare cose che non si capisce cosa
siano; c’è una distribuzione di ricchezza nel sottogoverno, in cui
la mafia è entrata fi no in fondo, suscitando un consenso anche
di massa. Ha ragione Trovato, ma la specificità della situazione
siciliana assomiglia pur con notevoli differenze a quella della
Campania: e un controllo dell’economia di tipo mafioso sem132
bra davvero estendersi dalla Sicilia all’Italia intera e a gran parte
del mondo. Io sono molto pessimista: credo che occorrerebbero
interventi capaci di tener conto del carattere estremo della situazione.
Così il governo centrale dovrebbe saper intervenire sulla
situazione siciliana proprio colpendo l’uso mafioso delle istituzioni
e la distribuzione di ricchezza che esso crea. Vincenzo, che
conosce bene la situazione meglio di me, potrebbe dirci qualcosa
anche in questo senso.
Ma la mia domanda semplice era un’altra e non c’entra nulla
con la mafia. Mi riferisco a Vittorini: la sua è una presenza un po’
atipica in fondo nella cultura siciliana del Novecento, tanto più rispetto
alla linea rappresentata da Sciascia e da Piccolo. Del resto,
è ben noto come Sciascia abbia sottolineato la sua distanza dal
modello Vittorini, privilegiando altri scrittori siciliani rispetto a
Vittorini. Vorrei chiedere a Consolo quale è stato per lui il rilievo
di Vittorini; rapporti e distanze da Vittorini. Grazie.
Vincenzo Consolo
Per quanto riguarda la tua prima osservazione si, da noi il
nepotismo e il clientelismo ci sono. In una lettera che Giuseppe
La Farina manda a Cavour dopo il 1860 parla di Napoli e dice
che le scale dei ministeri erano affollate, “sembrava un mercato,
tutti erano alla ricerca, alla richiesta di posti di lavoro, di sistemazione”.
In Sicilia il nepotismo e il clientelismo è stato sempre
praticato.
Detto questo, parliamo del mio rapporto con Vittorini. Vittorini
ha inaugurato con Conversazione in Sicilia il tema del “nostos”,
del viaggio di ritorno, tema che ha segnato tutti gli scrittori
della generazione del dopoguerra, dico degli scrittori siciliani che
sono stati costretti a lasciare l’Isola. In tutti i miei libri c’è il movimento,
il viaggio di ritorno. Ma in Vittorini c’è anche il saggista,
il direttore di “collane” editoriali e di riviste letterarie. È stato un
Vittorini maestro, ma l’intellettuale Vittorini era anche un antiverghiano.
Non accettava la concezione fatalistica di Verga. Era
convinto che i contadini siciliani o i pescatori di Acitrezza dive133
nuti operai con la rivoluzione industriale non sarebbero stati più
passivi, ma avrebbero avuto un atteggiamento attivo nei confronti
della storia. Rifi utando il fatalismo verghiano, Vittorini arrivò alla
bestemmia letteraria, scrisse: “quello schifosissimo Verga il più
reazionario degli scrittori italiani”. Ma Verga non era assolutamente
reazionario. Quando Verga a Milano legge le pagine di
Franchetti e Sonnino dell’Inchiesta in Sicilia, lì avviene la sua
conversione, riscopre il mondo reale della Sicilia che prima aveva
espresso soltanto in termini di esotismo, di romanticismo. La sua
conversione avviene per la sua consapevolezza, per la presa di
coscienza della realtà contadina siciliana, della realtà dei pescatori,
degli umili. Non ha una concezione progressiva della storia
come quella di Vittorini, ma ha una concezione metastorica che
appunto fa pensare ad una sfi ducia nei confronti del progresso.
In questo attinge a Leopardi, alla conversione leopardiana della
ginestra. Non lo chiamerei reazionario, per quanto Vittorini
è fi ducioso nelle magnifi che sorti progressive, quanto Leopardi
prima di Verga, è sfi ducioso nelle magnifi che sorti progressive.
Questa è la differenza fra i due. Io credo veramente nel progresso
della Storia, non penso che il destino dell’uomo si possa
esaurire soltanto nelle leggi e nei progetti politici. C’è una parte
dell’uomo, una parte privata, intima che non viene rappresentata
dai programmi politici; ci sono le passioni, la vita ed i sentimenti
dell’uomo. Perché noi siamo esseri civili perché facciamo parte di
una società, ma siamo anche esseri umani, con tutto il bagaglio
che ci portiamo di appartenere a questa specie dell’universo, che
è la specie umana.
Salvatore C. Trovato
Una domanda vorrei farla anch’io a Vincenzo Consolo. Su Vittorini,
di cui hai parlato poco fa. Vittorini è lo scrittore che ha
dato dignità letteraria a quella parte della storia della Sicilia che
riguarda i paesi cosiddetti lombardi. Penso al “Gran Lombardo” in
Conversazione in Sicilia, ai paesi lombardi, belli, ordinati, puliti,
dove anche la gente è bella, di contro ai paesi arabi, disordinati,
brutti, dove anche le gente è brutta, nel romanzo postumo Le
città del mondo. Un mito, evidentemente, dietro cui sta la conoscenza
puntuale dei luoghi e la lettura degli storici di Sicilia, da
Tommaso Fazello a Michele Amari. Tu, al di là del mito vittoriniano,
hai parlato molto dei paesi lombardi, dalla Ferita a Lunaria,
al Sorriso. Addirittura hai inserito nel Sorriso e poi anche in Lunaria
la parlata sanfratellana. Che è la lingua della rabbia sociale
nel romanzo e quella di un’Arcadia felice, la «remota Contrada
senza nome», in Lunaria. Ed ecco la domanda. Qual è il rapporto
tra te e Vittorini in ordine alla Sicilia lombarda, così mitizzata in
Vittorini, così crudamente reale nel Sorriso dell’ignoto marinaio
e, ancora, così fortemente mitizzata in Lunaria?
Vincenzo Consolo
Nell’edizione illustrata di Conversazioni in Sicilia Vittorini fa
fotografare la statua di Napoleone Colajanni che era uno dei
capi del socialismo siciliano del 1893/4. Perché vede nella Lombardia,
nel Nord quello che era stato il processo di sviluppo,
di industrializzazione. Ricordiamoci e lo racconta adesso un
professore che ha scritto un libro intitolato Un paradiso abitato
da diavoli, Nelson Moè, dell’Università di Boston, della visione
che avevano, prima dell’unità di Italia, gli europei a partire dai
francesi e dagli inglesi. Per loro il Sud partiva dalle Alpi, in giù,
tutta l’Italia era Sud, poi man mano il Nord oltrepassò le Alpi
incominciò a scendere fi no a Roma e poi il confi ne si fermò a
Napoli. L’Italia fi niva a Napoli, per cui il “paradiso abitato da
diavoli” era tutto il Meridione. I viaggiatori andavano a Napoli,
andavano tutti nel meridione. Da lì cominciò la questione
meridionale. Dunque Vittorini aveva quest’idea di un Nord
progressivo che progrediva industrialmente, socialmente con la
nascita della classe operaia ed un Sud ancora immobile, fermo,
rassegnato dove ancora c’erano i vecchi poteri, i proprietari
terrieri. Questa era la visione vittoriniana e quindi Vittorini faceva
parlare il “Gran Lombardo” di umanità offesa e di nuovi
doveri. Le comunità lombarde di cui parla Vittorini sono le colonie
lombarde che si sono formate in Sicilia con la riconquista
normanna, colonie costituite da truppe mercenarie -la moglie
di Ruggero il Normanno era Adelasia del Monferrato- raccolte
nella valle padana che si estendeva dal Piemonte e dalla Lombardia
fi no alla Romagna. I mercenari venuti in Sicilia con i
Normanni che avevano riconquistato la Sicilia alla cristianità, e
l’avevano tolta ai musulmani, e naturalmente come succede a
tutti gli immigrati si erano rinchiusi in piccole comunità. Sono
sopravvissute sette isole lombarde dove si parla ancora oggi il
dialetto gallo italico o medio latino. Uno di questi paesi è San
Fratello il più vicino al mio paese natale. Ma poi, l’altro giorno
io ironicamente ho detto, rispondendo a questo signore che si
chiama Lombardo, l’attuale Presidente della Regione Siciliana,
che il dialetto gallo italico o medio latino -ahimé- si parla pure
a Corleone. E questo lo dice il prof. Gress. Vittorini aveva questo
schema, era andato via giovanissimo dalla Sicilia, andando
al Nord vede lo sviluppo di queste zone e quindi le considera
un simbolo dell’attivismo dei nordici a confronto della rassegnazione,
della passività del sud.
Jean Fracchiolla
Come vedete la Sicilia e la cultura siciliana sono una fonte
inesauribile di domande, di interrogazioni. Spero che potremo
ritrovarci ancora tante altre volte per parlarne. Vorrei ora lasciare
la parola a Irene.
Irene Romera Pintor
Grazie, Jean, per questa bellissima intervista. Per concludere
porgo anch’io un’ultima domanda a Vincenzo Consolo: quali
sono le grandi idee che ha voluto esprimere attraverso la Sua
scrittura?
Vincenzo Consolo
Attraverso i miei romanzi che sono quasi tutti di sfondo storico,
di storia come metafora del presente, ho voluto raccontare
non solo la Sicilia ma anche l’Italia. Sono i miei romanzi di recupero
storico e memoriale, ma anche di recupero linguistico.
La mia scrittura infatti ha una sua specifi cità e la ricerca al di là
della orizzontalità della lingua italiana di quelle che io chiamo le
lingue sepolte che sono le antiche lingue che nella mia terra si
sono parlate. È’ questo ancora un bisogno di recupero della memoria
che è anche recupero linguistico. Credo che questo sia lo
scopo della letteratura, perché la letteratura non può che essere
memoria.
Jean Fracchiolla
Possiamo ora concludere, ringraziando vivamente Vincenzo
Consolo per la sua disponibilità e per la consueta amabilità con la
quale si è sottoposto al fuoco nutrito di tutte le nostre domande.
Vorrei anche rinnovargli tutti i nostri più affettuosi auguri di
buon compleanno, con l’auspicio molto egoistico di ritrovarci ancora
spesso negli anni futuri, per parlare ancora non solo di tutto
quello che ha scritto fi nora, ma anche di tutte le altre opere, speriamo
numerose, alle quali avrà dato vita nel frattempo.


A Scuola per recuperare l’identità
La domenica, Arabo
a lezione di arabo in una scuola media statale del nordest:
dall’integrazione al recupero delle radici
Nella zona a sud est di Verona, che comprende il Comune di Legnago e altri limitrofi, c’è una forte presenza di immigrati marocchini, occupati nei comparti del mobile, dell’edilizia e dell’industria meccanica e dell’agricoltura: è un’immigrazione che risale agli ultimi anni 80 e ha ormai prodotto una discreta integrazione e condizioni economiche abbastanza confortevoli. I figli frequentano regolarmente la scuola dell’obbligo. Ma l’integrazione anche linguistica non cancella il bisogno di mantenere viva la parola tradizionale, la comunicazione in arabo con i parenti rimasti in Marocco, la possibilità di accedere ai testi della patria e particolarmente al Corano.
La scuola media statale Frattini di Legnago, complice la passione di alcuni insegnanti italiani e la sensibilità dell’amministrazione comunale, ospita, la domenica mattina, tre insegnanti marocchini, che tengono un corso di lingua araba in tre classi per un totale di circa 60 iscritti di varie età dai 5-6 ai 13-14 anni.
Vincenzo Cottinelli ha lavorato in queste classi per due domeniche mettendo in risalto anzitutto le personalità degli insegnanti.
Ilham Mayate scomparsa in un tragico incidente, era operaia in una ditta di confezioni; di bellezza spigliata e quasi veneta, insegnava con entusiasmo e tenerezza, faceva da mamma ai più piccoli e con abilità suggeriva la tecnica di produzione dei complessi suoni della lingua araba.
Fatiha Tauriri (già bracciante in campagna) sembra una maestra di stile più tradizionale e pacato: veste secondo le regole tradizionali marocchine (porta il velo) ed è molto accurata nell’insegnamento della grafia.
Mustapha Benchiha (saldatore in una officina meccanica) è energico e appassionato, anche quando, come gli altri due, al termine della lezione insegna il Corano, di cui sottolinea anche i valori testuali e letterari.
Il racconto di Cottinelli è poi rivolto agli allievi, che sono vivaci, disciplinati, attenti (soprattutto le femmine, delle quali solo due o tre portano il velo tradizionale: le altre vestono in modi sobri ma perfettamente integrati); usano dei bellissimi sillabari e quaderni figurati, da riempire con le parole, che sono quelli ufficiali delle scuole marocchine.
Le immagini di Cottinelli mostrano tipiche aule di una scuola media italiana, con il classico crocefisso sopra la cattedra e le grandi carte geografiche fisiche di Italia, o Europa, o Africa. Ma la lavagna si riempie dei segni misteriosi e affascinanti dell’arabo classico del Corano, mentre insegnanti e allievi sono impegnati, appassionati, attenti. E’ un messaggio di pacificazione e integrazione, nel rispetto per l’identità e la cultura di origine di un popolo.
Cottinelli da questo suo lavoro ha prodotto un libro (appunto “La Domenica, Arabo”) e una mostra, presentati nel 2005 al Teatro Salieri di Legnago, con l’On. Livia Turco, il Prof. Claudio Marra e Vincenzo Consolo, che aveva scritto come introduzione il testo che segue.
https://www.vincenzocottinelli.it/
Vincenzo Consolo
A Scuola per recuperare l’identità
Ottobre / Novembre 2005
Antiche e frequenti erano le emigrazioni che avvenivano, attraverso il Canale di Sicilia, dal Meridione d’Italia nel Maghreb, nelle ricche terre degli “in fedeli’. Erano, quelle, delle emigrazioni di contadini, muratori, “tonnaroti” (lavoratori delle tonnare), pescatori di spugne e di coralli. Nel Decamerone Boccaccio ce ne dà un’immagine nella Novella Seconda della giornata quinta, in cui una giovane dell’isola di Lipari, Costanza, alla ricerca del suo innamorato Martuccio, sbarca a Susa di Barberia e s’imbatte in una donna che parlava la “favella latina”. La donna, Carapresa, spiega allora a Costanza che era là a servire “certi pescatori cristiani”.
Finì questa emigrazione con quella che lo storico spagnolo Américo Castro chiama L’età dei conflitti, con la dominazione ottomana sulle coste africane e quella castigliana sulla Spagna e la Sicilia, con l’insorgere della guerra corsara: lunga e feroce guerra tra Musulmani e Cristiani. Scrive Fernand Braudel in Civiltà e imperi del Mediterraneo nell’età di Filippo II: “In tutto il Mediterraneo l’uomo è cacciato, rinchiuso, venduto, torturato, e vi conosce tutte le miserie, gli orrori e le santità degli universi concentrazionari”.
Finisce questa guerra nel 1830 con la conquista di Algeri da parte dei Francesi. E riprende quindi l’emigrazione italiana nel Maghreb.
Prima è, negli anni Quaranta dell’Ottocento, un’emigrazione politica di fuorusciti: liberali, giacobini e carbonari che si rifugiano in Tunisia, Algeria, Marocco. Scrive Pietro Colletta nella sua Storia del reame di Napoli: “Erano quelli regni barbari i soli in questa età civile che dessero cortese rifugio ai fuorusciti”.
Tra la fine dell’Ottocento e l’inizio del Novecento riprende l’emigrazione di bracciantato nel Maghreb a causa di una grave crisi economica che investe soprattutto il nostro Meridione. Tra quegli emigrati c’è h povera famiglia Scalesi di Trapani, che si stabilisce a Tunisi.
Un figlio di questa famiglia, Mario, frequenta le scuole gratuite francesi (il trattato del Bardo del 1881 stabiliva il protettorato francese sulla Tunisia) e così non ha possibilità di imparare l’italiano (le scuole italiane erano solo private e a pagamento). Mario Scalesi, divenuto poeta, il primo poeta francofono dal Maghreb, scrive le sue opere in francese, fra cui Les poemes d’un maudit, e finanche il suo nome viene francesizzato: diviene Marius Scalesi. Scrive Pasolini in un articolo su Il Giorno del 3 marzo1965: “Sono andato l’altro ieri, domenica, a ‘visitare’ un campo profughi, ex campo di concentramento, vicino ad Alatri: un luogo tremendo (.,.) dove vive un gruppo di italiani espatriati dalla Tunisia. Ebbene, ho avuto modo di accorgermi come la loro ‘francesizzazione’ non consistesse solo in una francofonia abbastanza ortodossa (.,.), ma in una commovente francesizzazione culturale.,.”
È un esempio questo di migrazione linguistica, di cancellazione delle origini linguistiche e culturali del Paese da cui si proviene.
Sorte che tocca spesso ai figli e ai nipoti degli emigrati da un Paese a un altro. Un caso ce lo racconta Tahar Ben Jelloun in A occhi bassi, un romanzo del distacco e della lontananza, dell’emigrazione, dello sradicamento da una cultura, profonda, arcaica, religiosa, che mutila e separa, e del reinserimento di un’altra, laica, moderna, superficiale, che violenta, omologa e annienta ogni diversità. La pastorella berbera Fatima, emigrata dal Marocco a Parigi con la famiglia, frequenta qui la scuola ed ha un sogno-incubo. “Ci fu una breve guerra, ma efficace, tra le parole berbere e quelle francesi, lo fui difesa con fermezza e coraggio. Le parole berbere non si lasciavano mettere sotto. Avevano costituito una linea di difesa contro gli invasori. La battaglia fu rude (…) Le rare parole arabe che sapevo si erano buttate nella battaglia. Rinforzando la linea di difesa…”
Ma non tutti, tutti i bambini emigrati qui nel nostro Paese hanno avuto, come Fatima, questa linea di difesa, ma sono stati vinti dalla nostra lingua, dalla nostra cultura, cancellando in loro ogni cognizione, ogni memoria della cultura, della lingua del loro Paese d’origine.
Abbiamo detto sopra dell’emigrazione italiana nel Maghreb. A metà degli anni Sessanta del secolo passato comincia invece l’emigrazione di Maghrebini nel nostro Paese. E sono per primi i Tunisini che attraversano quel breve braccio di mare che separa la Tunisia dalla Sicilia, Tunisi da Trapani, i si stabiliscono a Mazara del Vallo abitando quel quartiere della cittadina, abbandonato dai mazaresi, chiamato Casbah, il quartiere dei loro antenati arabi, quelli che erano sbarcati in Sicilia nell’827 d.C. e avevano conquistato l’Isola. Il ritorno felice ha intitolato il suo libro su questa prima emigrazione “extracomunitaria” lo studioso mazarese Antonino Cusimano. Da quegli anni Sessanta sappiamo quanto massiccia e varia sia stata e sia ancora oggi l’immigrazione nel nostro Paese, quanto avventuroso, spesso atroce, tragico l’attraversamento, da parte dei cosiddetti “clandestini”, di quel fatale Canale di Sicilia divenuto equorea tomba di morti annegati. E ancora questa estate appena trascorsa, questo tempo della vacanza, dopo l’inverno del nostro scontento, per dirla con Shakespeare, è stata turbata dalle notizie e dalle immagini che i media ci riversano addosso di guerre, guerriglie, terrorismo, devastanti uragani, carestie e fame, di morti annegati, come quei poveri undici africani che il mare ha gettato sulla spiaggia di Gela in mezzo ai bagnanti, ultime vittime dello scialo di questo nostro Occidente insensato.
Abbiamo un po’ divagato, ma ci è sembrato giusto farlo, prima di giungere all’argomento che qui vogliamo trattare. Dicendo subito che non per tutti i maghrebini il “ritorno” nel nostro Paese è stato infelice. Che molti, giunti in Italia da tempo, prima che il nostro Parlamento votasse quell’infausta legge sull’immigrazione che va sotto il nome di Bossi-Fini, molti hanno trovato da noi accoglienza, lavoro e speranza per il futuro dei loro figli: si sono, come si dice, integrati. Un chiaro, luminoso esempio, è quello della comunità marocchina del comune di Legnago nel Veronese, i cui bambini hanno frequentato e frequentano la scuola statale italiana. Hanno imparato naturalmente l’italiano, questi scolari, ma hanno ignorato la lingua dei loro padri e dei loro nonni, e, con la lingua, la storia, la cultura, la religione del Marocco, il Paese delle loro origini. Hanno rischiato di divenire, loro, immigrati senza passato, senza memoria, così come è accaduto al poeta Mario Scalesi.
E già dal 1997, nel paese di Legnago, nella scuola media Frattini, la domenica mattina, i figli di operai i braccianti marocchini frequentano il corso di lingua araba tenuto da tre insegnanti volontari, imparano la lingua dei loro padri. Il fotografo Vincenzo Cottinelli, attento e appassionato documentarista di eventi sociali, ha fissato in magnifiche, toccanti immagini ciò che avviene in quell’aula scolastica: avviene di anticipazione e di esempio, alla luce della recente chiusura della scuola islamica di via Quaranta a Milano e delle polemiche che ne sono seguite.
Ci colpisce subito, fin dalle prime foto. l’insegnante llham Mayate con la sua lunga treccia di capelli, che Lalla Romano, ne La treccia di Tatiana, avrebbe letto come segno e aforisma. La bella Ilham, ora rimpianta per la sua inopinata e prematura scomparsa, la vediamo quindi nell’aula contro la nera lavagna con i bianchi segni dell’ornata scrittura araba, il crocefisso, le carte geografiche, Ilham che, si capisce dai gesti, insegna la pronuncia di quella lingua “altra”, piena di aspirate e gutturali. Un’insegnante, lei, amorosa e materna, che guida con la sua la mano del bambino che scrive, bacia la bambina che ha saputo leggere bene le parole sulla lavagna. I bambini sono allegri, vivaci. Ci n’è uno chi si gira verso Cottinelli che fotografa e scherzosamente lo mima portando davanti agli occhi il suo astuccio per le penne.
Fatiha Taouriri, l’altra maestra (bracciante agricola) insegna la giusta e bella grafia delle parole arabe. Gli alunni la seguono e scrivono sulla lavagna e sui loro quaderni figurati. Mustapha Benchiha (saldatore in una officina meccanica) è il terzo insegnante, il quale, al termine della lezione, insegna il Corano, la lingua aulica, classica di questo libro sacro, come la lingua attica dei greci e il latino di Tacito o di Virgilio per i romani. In una foto, Mustapha tiene in mano il libro del Corano e si staglia contro il nero della lavagna con i segni arabi; sopra, vi è il crocefisso; a destra, la carta geografica della penisola italiana con in basso l’isola di Sicilia, il mare Mediterraneo e il capo Bon della Tunisia. E ci sembra, questa fotografia di Cottinelli, la sintesi del discorso che qui abbiamo voluto svolgere; e la metafora, ci sembra, di ciò che dovrebbe essere, come è stato sempre nel cammino della storia, il riconoscimento, il rispetto, lo scambio e l’arricchimento di civiltà e culture diverse tra loro. Rispetto e scambio di cui la scuola di arabo di Legnago è un bellissimo esempio.





