{"id":1146,"date":"2012-04-30T07:24:56","date_gmt":"2012-04-30T07:24:56","guid":{"rendered":"http:\/\/vincenzoconsolo.it\/?p=1146"},"modified":"2016-05-30T07:50:41","modified_gmt":"2016-05-30T07:50:41","slug":"lise-bossi-lolivo-e-lolivastro-de-vincenzo-consolo-pour-une-odysee-du-desastre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/vincenzoconsolo.it\/?p=1146","title":{"rendered":"Lise Bossi  L\u2019olivo e l\u2019olivastro de Vincenzo  Consolo : pour une odys\u00e9e du d\u00e9sastre"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/vincenzoconsolo.it\/wp-content\/uploads\/1994\/09\/download-1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-540 alignleft\" src=\"http:\/\/vincenzoconsolo.it\/wp-content\/uploads\/1994\/09\/download-1-179x300.jpg\" alt=\"download (1)\" width=\"179\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/vincenzoconsolo.it\/wp-content\/uploads\/1994\/09\/download-1-179x300.jpg 179w, https:\/\/vincenzoconsolo.it\/wp-content\/uploads\/1994\/09\/download-1.jpg 364w\" sizes=\"(max-width: 179px) 100vw, 179px\" \/><\/a>Cahiers d\u2019\u00e9tudes italiennes<\/p>\n<p>14 (2012)<\/p>\n<p>Les ann\u00e9es quatre-vingt et le cas italien<\/p>\n<p>Lise Bossi<\/p>\n<p>L\u2019olivo e l\u2019olivastro de Vincenzo<\/p>\n<p>Consolo : pour une odys\u00e9e du d\u00e9sastre<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les oeuvres figurant sur ce site peuvent \u00eatre consult\u00e9es et reproduites sur un support papier ou num\u00e9rique sous<\/p>\n<p>r\u00e9serve qu&#8217;elles soient strictement r\u00e9serv\u00e9es \u00e0 un usage soit personnel, soit scientifique ou p\u00e9dagogique excluant<\/p>\n<p>toute exploitation commerciale. La reproduction devra obligatoirement mentionner l&#8217;\u00e9diteur, le nom de la revue,<\/p>\n<p>l&#8217;auteur et la r\u00e9f\u00e9rence du document.<\/p>\n<p>Toute autre reproduction est interdite sauf accord pr\u00e9alable de l&#8217;\u00e9diteur, en dehors des cas pr\u00e9vus par la l\u00e9gislation<\/p>\n<p>en vigueur en France.<\/p>\n<p>Revues.org est un portail de revues en sciences humaines et sociales d\u00e9velopp\u00e9 par le Cl\u00e9o, Centre pour l&#8217;\u00e9dition<\/p>\n<p>Lise Bossi, \u00ab L\u2019olivo e l\u2019olivastro de Vincenzo Consolo : pour une odys\u00e9e du d\u00e9sastre \u00bb, Cahiers d\u2019\u00e9tudes<\/p>\n<p>italiennes [En ligne], 14 | 2012, mis en ligne le 15 septembre 2013, consult\u00e9 le 15 septembre 2013. URL :<\/p>\n<p>Cahiers d\u2019\u00e9tudes italiennes, n\u00b0 14, 2012, p. 201-212. 201<\/p>\n<p>Sulla scena ci sembra sia rimasto solo il coro<\/p>\n<p>che in tono alto, poetico, in una lingua non pi\u00f9<\/p>\n<p>comunicabile, commenta e lamenta la tragedia<\/p>\n<p>senza soluzione, il dolore senza catarsi 1.<\/p>\n<p>Publi\u00e9 en 1994, L\u2019olivo e l\u2019olivastro de Vincenzo Consolo 2 reconstitue les<\/p>\n<p>\u00e9tapes d\u2019une nouvelle Odyss\u00e9e, entendue \u00e0 la fois comme voyage de retour,<\/p>\n<p>comme nostos dans l\u2019espace r\u00e9el, et comme voyage fantastique dans l\u2019espace<\/p>\n<p>de la litt\u00e9rature et de la po\u00e9sie, pour l\u2019un de \u00ab ceux qui sont n\u00e9s par<\/p>\n<p>hasard dans l\u2019\u00eele aux trois angles \u00bb (OO, p. 22). Mais cette Odyss\u00e9e, largement<\/p>\n<p>autobiographique, r\u00eav\u00e9e initialement comme un retour vers une<\/p>\n<p>sicilienne Ithaque d\u2019affection et de m\u00e9moire, se transforme bient\u00f4t en un<\/p>\n<p>voyage dans le d\u00e9sastre qui s\u2019est consomm\u00e9 pendant cette \u00e9poque atroce<\/p>\n<p>qu\u2019a \u00e9t\u00e9, pour la Sicile comme pour l\u2019Italie tout enti\u00e8re, la p\u00e9riode des<\/p>\n<p>ann\u00e9es quatre-vingt.<\/p>\n<p>Et nous sommes convi\u00e9s \u00e0 suivre le voyageur, \u00e0 travers \u00ab une \u00eele perdue,<\/p>\n<p>une Ithaque damn\u00e9e \u00bb (OO, p. 80), o\u00f9 tout ce qui subsiste de ce qu\u2019il a<\/p>\n<p>connu et aim\u00e9 est conserv\u00e9 par des \u00e9rudits et des po\u00e8tes, qui combattent<\/p>\n<p>les pr\u00e9tendants \u00e0 coup de chantiers de fouilles et de mots \u00e9crits noir sur<\/p>\n<p>noir, ou par des sortes de gardiens de cimeti\u00e8res verghiens qui ont arr\u00eat\u00e9 le<\/p>\n<p>temps en r\u00e9gressant vers une illusoire Troie retrouv\u00e9e (p. 53).<\/p>\n<ol>\n<li>La citation en exergue est extraite de Di qua dal faro, Milan, Mondadori, 1999, p. 262.<\/li>\n<li>V. Consolo, L\u2019olivo e l\u2019olivastro, Milan, Mondadori, 1994 ; ci-apr\u00e8s, OO. La pagination renvoie \u00e0 l\u2019\u00e9dition<\/li>\n<\/ol>\n<p>de poche : V. Consolo, L\u2019olivo e l\u2019olivastro, Oscar Scrittori del Novecento, Milan, Mondadori, 1999.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>C\u2019est justement cette Troie, \u00ab lieu de pure existence, de simple hasard \u00bb<\/p>\n<p>(OO, p. 49), celle du fallacieux \u00e2ge d\u2019or \u00e0 laquelle s\u2019accrochent les<\/p>\n<p>Malavoglia, que le narrateur a voulu fuir lorsqu\u2019il a quitt\u00e9 la Sicile \u00e0 la fin<\/p>\n<p>des ann\u00e9es soixante pour aller vers ce qu\u2019il appelle les lieux de l\u2019histoire.<\/p>\n<p>Vers Palerme, d\u2019abord, \u00ab le lieu o\u00f9 se croisent les cultures et les idiomes les<\/p>\n<p>plus divers \u00bb (p. 123) ; puis, lorsqu\u2019il a eu le sentiment que toute la Sicile<\/p>\n<p>n\u2019\u00e9tait plus qu\u2019un d\u00e9sert historique et social, vers Milan, \u00ab dans un contexte<\/p>\n<p>urbain dont il ne poss\u00e9dait ni la m\u00e9moire, ni le langage \u00bb (SIM, p. 176 3). Et<\/p>\n<p>lorsque Milan est devenu l\u2019embl\u00e8me de \u00ab la triste, ali\u00e9n\u00e9e et f\u00e9roce nouvelle<\/p>\n<p>Italie du massacre de la m\u00e9moire, de l\u2019identit\u00e9, de la d\u00e9cence et de la civilisation,<\/p>\n<p>l\u2019Italie corrompue, barbare, de la mise \u00e0 sac, des sp\u00e9culations, de la<\/p>\n<p>mafia, des attentats, de la drogue, des voitures, du football, de la t\u00e9l\u00e9vision<\/p>\n<p>et des lotos, du tapage et des poisons \u00bb (OO, p. 71), alors, celui qui \u00e9crit a<\/p>\n<p>eu le d\u00e9sir de r\u00e9duire la fracture qui d\u00e9chirait sa vie en accomplissant une<\/p>\n<p>sorte de \u00ab voyage p\u00e9nitentiel \u00bb (p. 20) afin de revenir, apr\u00e8s plus de vingt<\/p>\n<p>ans, au point de d\u00e9part (p. 120).<\/p>\n<p>\u00c0 ceci pr\u00e8s qu\u2019il ne s\u2019agit pas, pour \u00ab l\u2019\u00e9ternel Ulysse, le voyageur errant<\/p>\n<p>\u00e0 travers l\u2019\u00eele qui fut autrefois son Ithaque \u00bb (OO, p. 141), de se laisser r\u00e9absorber<\/p>\n<p>\u00ab par cette nature et cette histoire suspendues, par cette ensorcelante<\/p>\n<p>immobilit\u00e9 \u00bb (p. 122) qu\u2019il a quitt\u00e9es jadis en se bornant \u00e0 constater, sur<\/p>\n<p>le mode nostalgique et plaintif, qu\u2019il ne retrouve que quelques vestiges de<\/p>\n<p>la Sicile qu\u2019il a aim\u00e9e. Il s\u2019agit d\u2019abord et surtout d\u2019affronter \u00ab les ennemis<\/p>\n<p>r\u00e9els, les ennemis historiques qui se sont install\u00e9s dans sa maison \u00bb (p. 20),<\/p>\n<p>en d\u00e9non\u00e7ant ce qu\u2019ils ont fait de son Ithaque et, m\u00e9taphoriquement 4,<\/p>\n<p>de toute l\u2019Italie, au cours des deux derni\u00e8res d\u00e9cennies, celles des ann\u00e9es<\/p>\n<p>soixante-dix et quatre-vingt.<\/p>\n<p>Pour cette double t\u00e2che d\u2019\u00e9vocation et de d\u00e9nonciation, Consolo fait<\/p>\n<p>un choix po\u00e9tique difficile car il prend consciemment le risque mortel \u00ab de<\/p>\n<p>sortir du r\u00e9cit, de nier la fiction \u00bb (OO, p. 77), contrairement \u00e0 certains<\/p>\n<p>de ses compatriotes, tel son ami Sciascia en particulier, qui ont cru pou-<\/p>\n<ol start=\"3\">\n<li>V. Consolo, Il sorriso dell\u2019ignoto marinaio, Turin, Einaudi, 1976 ; ci-apr\u00e8s, SIM. Ce texte sera \u00e0 nouveau<\/li>\n<\/ol>\n<p>publi\u00e9 avec une postface intitul\u00e9e : \u00ab nota dell\u2019autore, vent\u2019anni dopo \u00bb, Milan, Mondadori, 1997. La pagination<\/p>\n<p>renvoie \u00e0 l\u2019\u00e9dition de poche : V. Consolo, Il sorriso dell\u2019ignoto marinaio, Oscar Scrittori del Novecento, Milan,<\/p>\n<p>Mondadori, 2002. Le texte de la postface que nous citons ici et auquel nous reviendrons plus loin est paru<\/p>\n<p>aussi dans Vincenzo Consolo, Di qua dal faro, ouvr. cit\u00e9 ; ci-apr\u00e8s, DQDF. La pagination renvoie \u00e0 l\u2019\u00e9dition de<\/p>\n<p>poche : V. Consolo, Di qua dal faro, Oscar Scrittori del Novecento, Milan, Mondadori, 2001.<\/p>\n<ol start=\"4\">\n<li>Outre que par Consolo, le fait que la Sicile et la situation sicilienne soient devenues une m\u00e9taphore de ce<\/li>\n<\/ol>\n<p>qui se passe dans l\u2019Italie tout enti\u00e8re apr\u00e8s la seconde guerre mondiale et la trahison des id\u00e9aux de la R\u00e9sistance,<\/p>\n<p>est illustr\u00e9 par Sciascia, en particulier dans son ouvrage intitul\u00e9 la Sicilia come metafora, Milan, Mondadori,<\/p>\n<p>1979, ouvrage qui pr\u00e9sente la caract\u00e9ristique tr\u00e8s significative d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 d\u2019abord publi\u00e9 en France sous le titre<\/p>\n<p>La Sicile comme m\u00e9taphore, conversations en italien avec Marcelle Padovani, Paris, Stock, 1979.<\/p>\n<p>voir se servir des instruments de la litt\u00e9rature de masse pour d\u00e9noncer les<\/p>\n<p>d\u00e9rives de la soci\u00e9t\u00e9 dont la litt\u00e9rature de masse est le produit 5. Il choisit<\/p>\n<p>en outre, comme un autre Ulysse sicilien, comme Verga, d\u2019inventer une<\/p>\n<p>langue. Mais, alors que la langue de Verga \u00ab a comme imprim\u00e9 le positif<\/p>\n<p>italien sur un n\u00e9gatif lexical et syntaxique dialectal \u00bb (DQDF, p. 119), celle<\/p>\n<p>de Consolo est prise dans l\u2019\u00e9paisseur de toutes les langues de toutes les<\/p>\n<p>cultures qui se sont succ\u00e9d\u00e9es et imbriqu\u00e9es dans l\u2019\u00eele, pour mieux en dire<\/p>\n<p>et en pr\u00e9server la r\u00e9alit\u00e9, au risque d\u2019\u00eatre, comme Verga, \u00ab d\u00e9test\u00e9 \u00e0 cause<\/p>\n<p>de sa langue extr\u00eame \u00bb (OO, p. 58) et de devoir un jour se r\u00e9fugier dans la<\/p>\n<p>solitude, dans l\u2019aphasie, ce qui signifierait, ce qui signifie peut-\u00eatre d\u00e9j\u00e0,<\/p>\n<p>que les monstres ne sont plus des fruits du sommeil ou du remords mais<\/p>\n<p>\u00ab de vraies menaces, des catastrophes r\u00e9elles et imminentes \u00bb (p. 58).<\/p>\n<p>Ce n\u2019est donc pas la th\u00e9matique existentielle de l\u2019exil et du retour qui<\/p>\n<p>justifie, \u00e0 elle seule, la r\u00e9f\u00e9rence constamment explicite au voyage initiatique<\/p>\n<p>et expiatoire d\u2019Ulysse, c\u2019est aussi que l\u2019Odyss\u00e9e est d\u2019abord et avant<\/p>\n<p>tout un po\u00e8me et que Consolo entend, dans le droit fil de l\u2019exp\u00e9rimentation<\/p>\n<p>litt\u00e9raire qu\u2019il conduit depuis des ann\u00e9es d\u00e9j\u00e0 6, d\u00e9fendre et illustrer<\/p>\n<p>un nouvel \u00e9pos et un nouveau logos, tiss\u00e9s, comme la toile de P\u00e9n\u00e9lope,<\/p>\n<p>avec tous les fils de la m\u00e9moire rassembl\u00e9s pour r\u00e9sister aux usurpateurs et<\/p>\n<p>\u00e0 leurs cr\u00e9atures monstrueuses.<\/p>\n<p>\u00ab Ora non pu\u00f2 narrare 7 \u00bb. Tels sont les mots qui ouvrent un texte qui refuse<\/p>\n<p>effectivement la lin\u00e9arit\u00e9 du r\u00e9cit, son d\u00e9veloppement sur un axe temporel<\/p>\n<p>unique et la hi\u00e9rarchie qui r\u00e9git les rapports entre le narrateur et ceux qui<\/p>\n<p>devraient rester des personnages, entre sa voix dominante et leurs voix<\/p>\n<p>secondaires.<\/p>\n<p>\u00c0 une seule exception pr\u00e8s, \u00e0 laquelle nous reviendrons, celui qui \u00e9crit<\/p>\n<p>le fait \u00e0 la troisi\u00e8me personne, en se d\u00e9finissant justement comme \u00ab celui<\/p>\n<p>qui \u00e9crit \u00bb (OO, p. 77) ou comme le voyageur. Un voyageur \u00e9crivant dont<\/p>\n<p>l\u2019existence pourrait relier, et relie parfois, anecdotiquement, les fragments<\/p>\n<ol start=\"5\">\n<li>Nous faisons en particulier allusion ici aux quatre grands romans o\u00f9 Sciascia a utilis\u00e9, en les subvertissant,<\/li>\n<\/ol>\n<p>les r\u00e8gles et les modalit\u00e9s narratives du genre policier pour d\u00e9noncer la subversion de l\u2019\u00c9tat de droit par les<\/p>\n<p>repr\u00e9sentants de l\u2019\u00c9tat ; romans que l\u2019on peut donc consid\u00e9rer comme les ouvrages fondateurs de ce que l\u2019on<\/p>\n<p>appelle aujourd\u2019hui \u201cil noir mediterraneo\u201d ou \u201cnoir d\u2019inchiesta\u201d : Il giorno della civetta, Turin, Einaudi, 1961 ;<\/p>\n<p>A ciascuno il suo, Turin, Einaudi, 1966 ; Il contesto, Turin, Einaudi, 1971 ; Todo modo, Turin, Einaudi, 1974 ;<\/p>\n<p>auxquels on peut ajouter son tout dernier roman : Una storia semplice, Milan, Adelphi, 1989.<\/p>\n<ol start=\"6\">\n<li>Outre que dans la postface \u00e0 Il sorriso dell\u2019ignoto marinaio pr\u00e9c\u00e9demment cit\u00e9e, Consolo d\u00e9veloppe les<\/li>\n<\/ol>\n<p>axes principaux de sa po\u00e9tique plurilingue et multiculturelle dans un certain nombre des articles du recueil Di<\/p>\n<p>qua dal faro ; particuli\u00e8rement dans la section \u00ab Sicilia e oltre \u00bb, p. 211-248.<\/p>\n<ol start=\"7\">\n<li>Dans cette partie de notre \u00e9tude, consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9criture et \u00e0 la langue de Consolo, nous avons choisi de<\/li>\n<\/ol>\n<p>conserver le texte original pour certaines citations particuli\u00e8rement repr\u00e9sentatives du rythme et du caract\u00e8re<\/p>\n<p>\u201cmistilingue\u201d de sa prose.<\/p>\n<p>de ce qui ne peut pas et ne veut pas devenir un r\u00e9cit, pour la bonne raison<\/p>\n<p>que son voyage personnel dans l\u2019espace circonscrit de l\u2019\u00eele est aussi un<\/p>\n<p>voyage \u00e0 travers d\u2019autres vies et dans d\u2019autres temps, voire dans le non-lieu<\/p>\n<p>et le non-temps, dans l\u2019utopie et l\u2019uchronie litt\u00e9raires.<\/p>\n<p>L\u2019ouvrage est en effet con\u00e7u comme une succession de tranches de vie<\/p>\n<p>que chacun de ceux qui les ont v\u00e9cues vient exposer tour \u00e0 tour. Beaucoup<\/p>\n<p>d\u2019entre elles sont issues de la r\u00e9alit\u00e9, qu\u2019il s\u2019agisse de la vie ordinaire des<\/p>\n<p>\u00e9migrants anonymes pouss\u00e9s par les caprices de la nature ou par la mis\u00e8re<\/p>\n<p>\u00e0 quitter une terre \u00e9branl\u00e9e par les tremblements de terre et ravag\u00e9e par<\/p>\n<p>les \u00e9ruptions volcaniques ou saign\u00e9e par la corruption et les exactions<\/p>\n<p>mafieuses ; ou bien qu\u2019il s\u2019agisse de la vie, d\u00e9doubl\u00e9e ou redoubl\u00e9e par leurs<\/p>\n<p>oeuvres, d\u2019artistes et d\u2019\u00e9crivains embl\u00e9matiques : Antonello da Messina (OO,<\/p>\n<ol>\n<li>10) et le Caravage dont les tableaux proposent des paysages d\u2019amour et<\/li>\n<\/ol>\n<p>de m\u00e9moire sur lesquels plane d\u00e9j\u00e0 l\u2019ombre de la corruption et de la mort<\/p>\n<p>(p. 86-97) ; mais aussi Verga, qui a v\u00e9cu l\u2019exil et le retour \u00ab in un\u2019isola che<\/p>\n<p>non era l\u2019Itaca dell\u2019infanzia, la Trezza della memoria, ma la Catania pietrosa<\/p>\n<p>e inospitale, emblema d\u2019ogni luogo fermo o imbarbarito, che mai lo<\/p>\n<p>riconobbe come l\u2019esule che torna, come il figlio \u00bb (p. 58) et Sciascia, \u00e0 qui<\/p>\n<p>Vittorini avait pr\u00e9dit qu\u2019il serait emprisonn\u00e9 dans la forme de celui qui<\/p>\n<p>reste en Sicile (p. 16). Ou encore Pirandello qui pensait, au d\u00e9but du si\u00e8cle<\/p>\n<p>dernier, que \u00ab quel presente burrascoso e incerto [\u2026], ebbro d\u2019eloquio osceno,<\/p>\n<p>poteva essere rappresentato solo col sorriso desolato, con l\u2019umorismo straziante,<\/p>\n<p>con la parola che incalza e che tortura, la rottura delle forme, della struttura \u00bb<\/p>\n<p>(p. 67).<\/p>\n<p>Et c\u2019est bien parce que Consolo est convaincu de vivre, lui aussi, un<\/p>\n<p>pr\u00e9sent temp\u00e9tueux qu\u2019il rompt \u00e0 son tour les structures du r\u00e9cit en intercalant<\/p>\n<p>entre ces tranches de vie, et en r\u00e9sonance avec elles, des moments<\/p>\n<p>de sa propre vie, mais aussi des tranches de vie emprunt\u00e9es \u00e0 ces oeuvres<\/p>\n<p>et \u00e0 ces textes litt\u00e9raires, sous forme d\u2019\u00e9vocations presque incantatoires ou<\/p>\n<p>de citations ; en entrem\u00ealant aux passages de l\u2019Odyss\u00e9e, origine de toutes<\/p>\n<p>les odyss\u00e9es du monde, des fragments de I Malavoglia, par exemple, parce<\/p>\n<p>que m\u00eame si \u00ab la \u201ccasa del nespolo\u201d n\u2019a jamais exist\u00e9 [\u2026] les personnages,<\/p>\n<p>les personnes, les Malavoglia de toutes les Trezza du monde ont exist\u00e9 \u00bb<\/p>\n<p>(OO, p. 50).<\/p>\n<p>Tous ces fragments d\u2019\u00eatre, captur\u00e9s dans toutes les \u00e9poques et tous les<\/p>\n<p>milieux, habitent et animent chaque lieu visit\u00e9 par le voyageur. Toutes<\/p>\n<p>ces voix se m\u00ealent dans une polyphonie o\u00f9 chaque personnage de la nouvelle<\/p>\n<p>\u00e9pop\u00e9e, du nouvel \u00e9pos qui nous est propos\u00e9, peut se faire entendre<\/p>\n<p>et continuer \u00e0 exister dans une sorte d\u2019\u00e9ternel pr\u00e9sent qui est celui de la<\/p>\n<p>m\u00e9moire personnelle et litt\u00e9raire. Et celui qui \u00e9crit peut dire qu\u2019il est \u00e0 la<\/p>\n<p>fois \u00ab l\u2019astuto inventore degli inganni, il guerriero spietato, l\u2019ambiguo indovino,<\/p>\n<p>il re privato dell\u2019onore, il folle massacratore degli armenti [\u2026], l\u2019assassino<\/p>\n<p>di [\u2026] sua figlia \u00bb (OO , p. 1) ; il peut dire la peine de Maruzza qui,<\/p>\n<p>\u00ab madre ammantata, immobile avanti al mare, ai marosi, priva di lacrime,<\/p>\n<p>lamento, parola [\u2026], si porta le mani nei capelli, urla nera nel cuore (p. 47) ;<\/p>\n<p>il peut dire qu\u2019il est n\u00e9 \u00e0 Gibellina et \u00ab ha lasciato nelle baracche la madre e<\/p>\n<p>la sorella [\u2026]. La sorella pi\u00f9 non parla, s\u00ec e no con la testa \u00e8 il massimo che<\/p>\n<p>dice \u00bb (p. 9-10). Ainsi, coryph\u00e9e \u00e0 la voix plurielle, il redonne une voix \u00e0<\/p>\n<p>chacun des membres de cette humanit\u00e9 multiple, litt\u00e9raire ou r\u00e9elle, pour<\/p>\n<p>que les hommes du temps pr\u00e9sent les entendent et se souviennent d\u2019eux.<\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi il ne veut pas \u00eatre seulement un nouvel Ulysse qui en<\/p>\n<p>racontant \u00ab diventa l\u2019aedo e il poema, il cantore e il canto, il narrante e il narrato,<\/p>\n<p>l\u2019artefice e il giudice [\u2026], l\u2019inventore di ogni fola, menzogna, l\u2019espositore<\/p>\n<p>impudico e coatto d\u2019ogni suo terrore, delitto, rimorso \u00bb (OO, p. 19). Car, tel<\/p>\n<p>Ulysse avec son bagage de remords et de peine, il a atteint \u00ab le point le plus<\/p>\n<p>bas de l\u2019impuissance humaine, de la vuln\u00e9rabilit\u00e9 \u00bb et il va devoir choisir<\/p>\n<p>entre \u00ab la perte de soi, l\u2019an\u00e9antissement dans la nature et le salut au sein<\/p>\n<p>d\u2019une soci\u00e9t\u00e9, d\u2019une culture \u00bb (p. 17-18), entre l\u2019ol\u00e9astre et l\u2019olivier. Car,<\/p>\n<p>comme l\u2019inventeur du \u00ab monstre technologique \u00bb (p. 20), qui du meilleur<\/p>\n<p>peut faire le pire, de l\u2019instrument de la victoire l\u2019instrument du d\u00e9sastre,<\/p>\n<p>du progr\u00e8s la barbarie, il fait lui aussi partie de cette humanit\u00e9 ambigu\u00eb<\/p>\n<p>dont Ulysse, le plus humain des h\u00e9ros grecs, est le plus parfait repr\u00e9sentant.<\/p>\n<p>C\u2019est justement contre ce d\u00e9sastre et cette barbarie dont il d\u00e9couvre<\/p>\n<p>les plaies \u00e0 chaque \u00e9tape de son p\u00e9riple autour de l\u2019\u00eele que le voyageur<\/p>\n<p>Consolo, devenu b\u00e2tisseur d\u2019\u00e9pop\u00e9e, a voulu dresser le rempart de toutes<\/p>\n<p>les vies et de toutes les voix stratifi\u00e9es qu\u2019il a convoqu\u00e9es dans son Odyss\u00e9e<\/p>\n<p>moderne, un fragment apr\u00e8s l\u2019autre, un mot apr\u00e8s l\u2019autre. Un rempart \u00e0<\/p>\n<p>l\u2019image de l\u2019histoire de la Sicile, condamn\u00e9e par la g\u00e9ographie \u00e0 subir l\u2019histoire<\/p>\n<p>8, et qui a connu au cours des si\u00e8cles une infinit\u00e9 de maux, qu\u2019il s\u2019agisse<\/p>\n<p>des tremblements de terre ou des \u00e9ruptions de l\u2019Etna, des rivalit\u00e9s entre<\/p>\n<p>colonies voisines ou des invasions constantes, mais dont les villes d\u00e9truites<\/p>\n<p>par les secousses ou les coul\u00e9es de lave ont \u00e9t\u00e9 relev\u00e9es, \u00e0 l\u2019instar de Catane<\/p>\n<p>dont les habitants sont revenus \u00ab a ricostruire mura, rialzare colonne, portali,<\/p>\n<p>recuperare torsi, rilievi, mescolando epoche, stili, epigrafi, idoli, in una babele,<\/p>\n<p>in una sfida spavalda e irridente \u00bb (OO, p. 57). Et Syracuse a su devenir,<\/p>\n<p>malgr\u00e9 les invasions ou gr\u00e2ce \u00e0 elles, \u00ab la molteplice citt\u00e0, di cinque nomi,<\/p>\n<p>d\u2019antico fasto, di potenza, d\u2019ineguagliabile bellezza, di re sapienti e di tiranni<\/p>\n<ol start=\"8\">\n<li>Expression emprunt\u00e9e \u00e0 L. Sciascia, Cruciverba, Turin, Einaudi, 1983, p. 176.<\/li>\n<\/ol>\n<p>ciechi, di lunghe paci e rovinose guerre, di barbarici assalti e di saccheggi: in<\/p>\n<p>Siracusa \u00e8 scritta come in ogni citt\u00e0 d\u2019antica gloria, la storia dell\u2019umana civilt\u00e0<\/p>\n<p>e del suo tramonto \u00bb (p. 83-84).<\/p>\n<p>Et c\u2019est justement \u00e0 Syracuse que celui qui \u00e9crit mesure l\u2019ab\u00eeme qui<\/p>\n<p>s\u00e9pare la ville de ses souvenirs, l\u2019\u00eele o\u00f9, \u00ab voyageur solitaire le long d\u2019un<\/p>\n<p>itin\u00e9raire de connaissance et d\u2019amour, par les sentiers de l\u2019Histoire, il vagabonda<\/p>\n<p>pendant un lointain \u00e9t\u00e9 \u00bb (OO, p. 143), et la ville pr\u00e9sente, l\u2019\u00eele<\/p>\n<p>damn\u00e9e, m\u00e9taphore de l\u2019Italie fascisante des ann\u00e9es quatre-vingt (p. 140).<\/p>\n<p>C\u2019est de part et d\u2019autre de l\u2019omphalos d\u2019Ortygie que les deux r\u00e9alit\u00e9s, la<\/p>\n<p>pass\u00e9e et la pr\u00e9sente, se distinguent l\u2019une de l\u2019autre, c\u2019est \u00ab dans l\u2019espace<\/p>\n<p>en forme d\u2019oeil, dans la pupille de la nymphe, sur la place o\u00f9 r\u00e8gne la ma\u00eetresse<\/p>\n<p>de la lumi\u00e8re et de la vue \u00bb (p. 83), que, \u00e0 l\u2019instar du Caravage sur le<\/p>\n<p>visage de son page, le coryph\u00e9e voit, comme dans un miroir d\u00e9formant,<\/p>\n<p>fleurir \u00ab la vermeille, la noire tache de la peste, de la corruption et de la<\/p>\n<p>fin \u00bb (p. 92).<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr le voyageur pourrait, au risque de se comporter comme \u00ab un<\/p>\n<p>presbite di mente che guarda al remoto ormai perduto, si ritrae in continuo<\/p>\n<p>dal presente, sciogliere un canto di nostalgia d\u2019emigrato a questa citt\u00e0 della<\/p>\n<p>memoria sua e collettiva, a questa patria d\u2019ognuno ch\u2019\u00e8 Siracusa, ognuno che<\/p>\n<p>conserva cognizione dell\u2019umano, della civilt\u00e0 pi\u00f9 vera, della cultura \u00bb (OO,<\/p>\n<ol>\n<li>84). Mais il ne veut pas de ce repli sur un hypoth\u00e9tique \u00e2ge d\u2019or : \u00ab Odia<\/li>\n<\/ol>\n<p>ora. Odia la sua isola terribile, barbarica, la sua terra di massacro \u00bb (p. 105).<\/p>\n<p>Car d\u00e9sormais, non seulement ce que les caprices de la nature d\u00e9truisent<\/p>\n<p>n\u2019est plus reconstruit mais, de surcro\u00eet, la sp\u00e9culation immobili\u00e8re et<\/p>\n<p>l\u2019industrialisation sauvage ach\u00e8vent de faire dispara\u00eetre, en les recouvrant<\/p>\n<p>d\u2019une derni\u00e8re strate mortif\u00e8re, les t\u00e9moignages d\u2019une culture mill\u00e9naire et<\/p>\n<p>les beaut\u00e9s d\u2019un patrimoine naturel incomparable. Comme \u00e0 Augusta \u00ab che<\/p>\n<p>gli appare nella luce cinerea, nella tristezza di un\u2019Ilio espugnata e distrutta,<\/p>\n<p>nella consunzione dell\u2019abbandono, nell\u2019avvelenamento di cielo, mare, suolo \u00bb<\/p>\n<p>(p. 34). Comme \u00e0 Milazzo o\u00f9 \u00ab sulla piana dove pascolavano gli armenti del<\/p>\n<p>Sole, dove si coltivava il gelsomino, \u00e8 sorta una vasta e fitta citt\u00e0 di silos, di<\/p>\n<p>tralicci, di ciminiere che perennamente vomitano fiamme e fumo \u00bb (p. 28).<\/p>\n<p>Et le cancer qui ronge les lieux se propage et corrompt aussi les habitants<\/p>\n<p>(p. 117). Comme \u00e0 Gela o\u00f9 est n\u00e9e non seulement la ville \u00ab dell\u2019edilizia<\/p>\n<p>selvaggia e abusiva, delle case di mattoni e tondini lebbrosi in mezzo al fango<\/p>\n<p>e all\u2019immondizia di quartieri incatastati, di strade innominate, la Gela dal<\/p>\n<p>mare grasso d\u2019oli, dai frangiflutti di cemento [ma anche] la Gela della perdita<\/p>\n<p>d\u2019ogni memoria e senso, del gelo della mente e dell\u2019afasia \u00bb (p. 79). Comme \u00e0<\/p>\n<p>Avola dont la place g\u00e9om\u00e9trique et lumineuse est<\/p>\n<p>vuota, deserta, sfollata come per epidemia o guerra, rotta nel silenzio dal rombare delle<\/p>\n<p>motociclette che l\u2019attraversano nel centro per le sue strade ortogonali, occupata [\u2026] da<\/p>\n<p>mucchi di giovani [\u2026] che fumano, muti e vacui fissano la vacuit\u00e0 della piazza come in<\/p>\n<p>attesa di qualcuno, di qualcosa che li salvi. O li uccida. Cosa \u00e8 successo in questa vasta<\/p>\n<p>solare piazza d\u2019Avola? Cos\u2019\u00e8 successo nella piazza di Nicosia, Scicli, Ispica, Modica, Noto,<\/p>\n<p>Palazzolo, Ferla, Floridia, Ibla? Cos\u2019\u00e8 successo in tutte le belle piazze di Sicilia, nelle piazze<\/p>\n<p>di quest\u2019Italia d\u2019assenza, ansia, di nuovo metafisiche, invase dalla notte, dalle nebbie, dai<\/p>\n<p>lucori elettronici dei video della morte? (OO, p. 112)<\/p>\n<p>Cos\u2019\u00e8 successo, dio mio, cos\u2019\u00e8 successo a Gela, nell\u2019isola, nel paese in questo atroce tempo?<\/p>\n<p>Cos\u2019\u00e8 successo a colui che qui scrive, complice a sua volta o inconsapevole assasssino? Cos\u2019\u00e8<\/p>\n<p>successo a te che stai leggendo? (OO, p. 81)<\/p>\n<p>Que s\u2019est-il pass\u00e9, effectivement, pour que celui qui \u00e9crit se prenne<\/p>\n<p>lui-m\u00eame \u00e0 partie dans une sorte de d\u00e9doublement o\u00f9 sa voix semble se<\/p>\n<p>dissocier de sa plume et lance ce \u00ab Dio mio \u00bb qui n\u2019est pas une exclamation<\/p>\n<p>vide de sens mais un v\u00e9ritable cri de douleur ; un cri de douleur \u00e0 travers<\/p>\n<p>lequel Consolo, car c\u2019est bien de lui qu\u2019il s\u2019agit ici, trahit, pour la seule et<\/p>\n<p>unique fois tout au long de cette Odyss\u00e9e polyphonique, l\u2019engagement<\/p>\n<p>qu\u2019il s\u2019est fix\u00e9 de n\u2019\u00eatre que le porte-voix et le porte-plume, de ne jamais<\/p>\n<p>dire, contrairement \u00e0 Pausanias, \u00ab Io sono il messaggero, l\u2019anghelos, sono il<\/p>\n<p>vostro medium, a me \u00e8 affidato il dovere del racconto: conosco i nessi, la sintassi,<\/p>\n<p>le ambiguit\u00e0, le malizie della prosa, del linguaggio \u00bb (OO, p. 39). Pausanias<\/p>\n<p>qui repr\u00e9sente, dans le texte de Consolo, les Proci, les pr\u00e9tendants de la<\/p>\n<p>naissante litt\u00e9rature postmoderne qui se font les complices, \u00e0 moins qu\u2019ils<\/p>\n<p>n\u2019en soient les fauteurs, de l\u2019assassinat de la culture et de la m\u00e9moire par<\/p>\n<p>le pouvoir politico-m\u00e9diatique d\u00e9j\u00e0 tout-puissant depuis un certain d\u00e9cret<\/p>\n<p>de 1983. Pausanias \u00e0 qui Emp\u00e9docle, dont Consolo reprend \u00e0 son compte<\/p>\n<p>l\u2019approche sensorielle et po\u00e9tique de la connaissance et la philosophie du<\/p>\n<p>savoir r\u00e9v\u00e9l\u00e9 par le logos, r\u00e9torque :<\/p>\n<p>Che menzogna, che recita, che insopportabile linguaggio! \u00c8 proprio il degno figlio di<\/p>\n<p>quest\u2019orrendo tempo, di questo abominevole contesto, di questo gran teatro compromesso,<\/p>\n<p>di quest\u2019era soddisfatta, di questa societ\u00e0 compatta, priva di tradimento, d\u2019eresia, priva di<\/p>\n<p>poesia. Figlio di questo mondo degli avvisi, del messaggio tondo, dei segni fitti del vuoto.<\/p>\n<p>(OO, p. 40)<\/p>\n<p>Que s\u2019est-il pass\u00e9 pour que, apr\u00e8s avoir engag\u00e9 directement sa responsabilit\u00e9<\/p>\n<p>en tant qu\u2019\u00e9crivant, celui qui \u00e9crit apostrophe ainsi le lecteur et<\/p>\n<p>l\u2019accuse d\u2019\u00eatre le complice de l\u2019assassinat du logos par les Proci de la litt\u00e9rature<\/p>\n<p>de masse ?<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre la r\u00e9ponse se trouve-t-elle dans ce qu\u2019ils ont tous en commun :<\/p>\n<p>le langage, l\u2019\u00e9criture, les mots en somme ?<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre tout cela a-t-il commenc\u00e9 dans les mots, par les mots ?<\/p>\n<p>C\u2019est en tout cas ce que Consolo entend d\u00e9montrer, comme Sciascia<\/p>\n<p>l\u2019avait fait, en 1978, \u00e0 l\u2019occasion de sa magistrale enqu\u00eate philologique sur<\/p>\n<p>les documents relatifs \u00e0 l\u2019Affaire Moro 9. Une enqu\u00eate o\u00f9 il donnait raison<\/p>\n<p>\u00e0 Pasolini qui, dans son c\u00e9l\u00e8bre article de 1975, dit \u201cl\u2019article des lucioles\u201d,<\/p>\n<p>affirmait d\u00e9j\u00e0 que \u00ab comme toujours, ce n\u2019est que dans la langue que sont<\/p>\n<p>apparus les premiers sympt\u00f4mes \u00bb. \u00ab Les sympt\u00f4mes, commente Sciascia,<\/p>\n<p>de la course vers le vide de ce pouvoir d\u00e9mocrate-chr\u00e9tien qui avait \u00e9t\u00e9,<\/p>\n<p>jusqu\u2019\u00e0 dix ans auparavant, la continuation pure et simple du r\u00e9gime fasciste.<\/p>\n<p>\u00bb (AM, p. 15)<\/p>\n<p>Les m\u00eames sympt\u00f4mes s\u2019\u00e9taient justement manifest\u00e9s dans les ann\u00e9es<\/p>\n<p>qui avaient pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 la mont\u00e9e du fascisme, et la transformation du langage<\/p>\n<p>en gesticulation oratoire, en rh\u00e9torique patriotarde 10, avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9<\/p>\n<p>un signe avant-coureur, une pr\u00e9figuration de la corruption du corps social<\/p>\n<p>et de la vie publique par la peste fasciste. Alors, la langue que Verga avait<\/p>\n<p>forg\u00e9e pour son po\u00e8me narratif, son \u00ab \u00e9pop\u00e9e populaire \u00bb (OO, p. 48),<\/p>\n<p>s\u2019\u00e9tait ab\u00eem\u00e9e dans \u00ab la retorica sicilianista, l\u2019equivoco, l\u2019alibi regressivo e<\/p>\n<p>dialettale dei mafiosi, dei baroni e dei poetastri \u00bb (p. 77), ou s\u2019\u00e9tait perdue<\/p>\n<p>dans l\u2019aphasie et le silence, devant \u00ab l\u2019eloquio vano, prezioso e abbagliante di<\/p>\n<p>D\u2019Annunzio, [\u2026] i giochi spacconi e insensati dei futuristi \u00bb (p. 59).<\/p>\n<p>De la m\u00eame fa\u00e7on, les malheurs de Gela ont commenc\u00e9 lorsque, au lieu<\/p>\n<p>d\u2019encourager, apr\u00e8s l\u2019unanimisme fasciste, ce qui aurait pu \u00eatre un nouveau<\/p>\n<p>Risorgimento culturel et linguistique, la plupart des intellectuels italiens,<\/p>\n<p>pour des raisons largement id\u00e9ologiques, ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9, comme Visconti,<\/p>\n<p>tourner des films tels que La terra trema, o\u00f9 \u00ab la lingua inventata da Verga<\/p>\n<p>regrediva in dialetto, in suono incomprensivo, in murmure di fondo \u00bb (OO,<\/p>\n<ol>\n<li>50) ou bien consid\u00e9rer, comme Vittorini, que la d\u00e9couverte de p\u00e9trole<\/li>\n<\/ol>\n<p>dans les tombes grecques et les citernes sarrasines de ce petit village de<\/p>\n<p>p\u00eacheurs et la naissance de Gela 1, Gela 2, Gela 3 et de la Gulf Italia<\/p>\n<p>Company m\u00e9ritaient d\u2019\u00eatre c\u00e9l\u00e9br\u00e9es \u00e0 grand renfort de \u00ab volenterosa poesia,<\/p>\n<p>retorica industriale, lombarda e progressiva \u00bb (p. 78).<\/p>\n<p>Le r\u00e9sultat de ces choix esth\u00e9tiques et politiques, dont Consolo n\u2019exclut<\/p>\n<p>pas, comme on l\u2019a vu, que lui-m\u00eame et le lecteur aient pu \u00eatre les<\/p>\n<p>complices, s\u2019affichent sur le visage de la Gela des ann\u00e9es quatre-vingt et<\/p>\n<p>la mis\u00e8re culturelle et morale dans laquelle vivent ses habitants se refl\u00e8te<\/p>\n<p>dans le spectacle de d\u00e9solation qu\u2019elle offre au voyageur. La mis\u00e8re des plus<\/p>\n<p>jeunes, en particulier, qui n\u2019ont eu pour seuls rep\u00e8res que ceux qui leur<\/p>\n<ol start=\"9\">\n<li>L. Sciascia, L\u2019affaire Moro, Palermo, Sellerio, 1978 ; ci-apr\u00e8s AM.<\/li>\n<li>Sciascia avait analys\u00e9 les raisons politiques et sociologiques de ce qu\u2019il consid\u00e9rait, d\u00e9j\u00e0, comme une d\u00e9rive<\/li>\n<\/ol>\n<p>irr\u00e9versible de la langue et de la litt\u00e9rature vers la confusion et le vide dans 1912+1, Milan, Adelphi, 1986, p. 13-16.<\/p>\n<p>ont \u00e9t\u00e9 fournis par \u00ab la furbastra e volgare letteratura sulla degradazione e la<\/p>\n<p>marginalit\u00e0 sociale, sul male di Gela, di Licata, di Palma di Montecchiaro,<\/p>\n<p>di Canicatt\u00ec o di Palermo servito in serials televisivi, in Piovra 1, Piovra 2,<\/p>\n<p>Piovra 3 [e nei] libri di vuote chiacchiere, di stanca ecolalia sui mali di Sicilia \u00bb<\/p>\n<p>(OO, p. 80). Quant \u00e0 ceux qui n\u2019ont m\u00eame plus ces rep\u00e8res-l\u00e0, il ne leur<\/p>\n<p>reste que \u00ab il linguaggio turpe della siringa e del coltello, della marmitta fragorosa<\/p>\n<p>e del tritolo \u00bb (p. 79).Si, effectivement, tout s\u2019est d\u2019abord jou\u00e9 dans<\/p>\n<p>la langue du fait d\u2019une funeste trahison des clercs, Consolo semble penser<\/p>\n<p>que ce n\u2019est qu\u2019avec la langue que l\u2019on peut reconstruire ce que la langue<\/p>\n<p>du non-dire politique et la non-langue de la culture de masse ont d\u00e9truit 11.<\/p>\n<p>Et pour qu\u2019on ne puisse pas dire de tous les villages de Sicile, de tous<\/p>\n<p>les villages d\u2019Italie, ce que, \u00e0 la fin des ann\u00e9es quatre-vingt, il dit d\u2019Acitrezza<\/p>\n<p>qui n\u2019est plus que \u00ab morte dell\u2019anima, sigillo d\u2019ogni pianto, arresto del<\/p>\n<p>canto, fine del poema, turbinio di parole, suoni privi di senso \u00bb (OO, p. 49),<\/p>\n<p>il proclame que<\/p>\n<p>Trova solo senso il dire o ridire il male, nel mondo invaso in ogni piega e piaga dal diluvio<\/p>\n<p>melmoso e indifferente di parole atone e consunte, con parole antiche o nuove, con diverso<\/p>\n<p>accento, di diverso cuore, intelligenza. Dirlo nel greco d\u2019Eschilo, in un volgare vergine<\/p>\n<p>come quello di Giacomo o di Cielo o nella lingua pietrosa e aspra d\u2019Acitrezza. (OO, p. 77)<\/p>\n<p>Il ne s\u2019agit pas l\u00e0 d\u2019une simple d\u00e9claration de po\u00e9tique mais d\u2019une<\/p>\n<p>v\u00e9ritable d\u00e9claration de guerre contre la langue corruptrice du pouvoir,<\/p>\n<p>d\u00e9nonc\u00e9e pr\u00e9c\u00e9demment par Pasolini et Sciascia, de la m\u00eame fa\u00e7on que<\/p>\n<p>le refus du r\u00e9cit \u00e9tait une d\u00e9claration de guerre contre la pens\u00e9e unique<\/p>\n<p>incarn\u00e9e par le tout-puissant narrateur, le roman \u00e9tant le genre litt\u00e9raire le<\/p>\n<p>plus menac\u00e9 par l\u2019une et par l\u2019autre car, \u00ab d\u00e8s lors qu\u2019il doit n\u00e9cessairement<\/p>\n<p>contenir une valeur communicative, il risque d\u2019\u00eatre envahi par la communication<\/p>\n<p>du pouvoir, il risque d\u2019\u00eatre enti\u00e8rement poss\u00e9d\u00e9 par sa langue \u00bb<\/p>\n<p>(DQDF, p. 235).<\/p>\n<p>Pour ne pas \u00eatre poss\u00e9d\u00e9 par la langue uniformisante de ce pouvoir destructeur<\/p>\n<p>de culture et de m\u00e9moire dont la disparition des lucioles marque<\/p>\n<p>m\u00e9taphoriquement la naissance, par la langue de la nouvelle soci\u00e9t\u00e9 de<\/p>\n<p>masse, Consolo entend donc, comme Verga autrefois, inventer un nouveau<\/p>\n<p>logos, capable d\u2019aller au-del\u00e0 de l\u2019id\u00e9ologie dominante, au-del\u00e0 de la signification<\/p>\n<p>historique et politique, \u00ab dans le sens d\u2019une condition humaine<\/p>\n<ol start=\"11\">\n<li>\u00c0 propos de la langue du non-dire invent\u00e9e par les hommes politiques italiens \u00e0 l\u2019aube des ann\u00e9es quatrevingt,<\/li>\n<\/ol>\n<p>voir la r\u00e9flexion de Sciascia dans L\u2019affaire Moro, explicitement \u00e9nonc\u00e9e p. 15-16 et d\u00e9velopp\u00e9e tout au long<\/p>\n<p>de son enqu\u00eate sur les documents de l\u2019enqu\u00eate. Quant \u00e0 la non-langue de la culture de masse ici d\u00e9nonc\u00e9e, elle<\/p>\n<p>fait l\u2019objet d\u2019une analyse critique plus approfondie de la part de Consolo dans la derni\u00e8re section de Di qua dal<\/p>\n<p>faro intitul\u00e9e Parole come pietre.<\/p>\n<p>g\u00e9n\u00e9rale et \u00e9ternelle. Un langage qui, en allant de la communication vers<\/p>\n<p>l\u2019expression, rejoint donc la po\u00e9sie \u00bb (DQDF, p. 229 et p. 282).<\/p>\n<p>De fait, \u00e0 l\u2019instar de la construction polyphonique qu\u2019il a \u00e9labor\u00e9e en<\/p>\n<p>atomisant le r\u00e9cit en une succession horizontale de tranches de vie qui<\/p>\n<p>trouvent leur coh\u00e9rence dans les rapports psychologiques et physiques qui<\/p>\n<p>lient les uns aux autres ceux qui les ont v\u00e9cues et les relient aux lieux o\u00f9<\/p>\n<p>ils ont v\u00e9cu, Consolo forge une langue multiple en creusant verticalement<\/p>\n<p>dans l\u2019\u00e9paisseur des stratifications linguistico-culturelles accumul\u00e9es dans<\/p>\n<p>le creuset sicilien. Ainsi, dans le m\u00eame paragraphe et parfois dans la m\u00eame<\/p>\n<p>phrase, se succ\u00e8dent des mots d\u2019autrefois et des mots d\u2019aujourd\u2019hui, des<\/p>\n<p>mots d\u2019ici et des mots d\u2019ailleurs, dans une infinit\u00e9 de combinaisons qui<\/p>\n<p>permet \u00e0 la fois de capturer au mieux la vraie r\u00e9alit\u00e9 et d\u2019\u00e9chapper aux tentatives<\/p>\n<p>de r\u00e9cup\u00e9ration par la langue plate et vide du discours dominant,<\/p>\n<p>gr\u00e2ce \u00e0 un \u201cmistilinguisme\u201d que nous avons analys\u00e9 de fa\u00e7on plus syst\u00e9matique<\/p>\n<p>dans d\u2019autres travaux 12 et dont les citations que nous donnons ici<\/p>\n<p>en langue originale donnent un aper\u00e7u.<\/p>\n<p>Cependant, cette langue hybride, ce cheval qui rec\u00e8le dans ses flancs<\/p>\n<p>les troupes bigarr\u00e9es de toutes les langues du bassin m\u00e9diterran\u00e9en \u00e0 travers<\/p>\n<p>les \u00e2ges et qui est destin\u00e9 \u00e0 faire tomber la nouvelle Troie de la kermesse<\/p>\n<p>m\u00e9diatico-litt\u00e9raire afin qu\u2019Ulysse-Consolo puisse rentrer dans une<\/p>\n<p>Ithaque d\u00e9barrass\u00e9e des usurpateurs, n\u2019est-elle pas l\u2019un de ses monstres<\/p>\n<p>artificiels capables de r\u00e9veiller les vrais monstres que l\u2019on voit lorsqu\u2019on<\/p>\n<p>s\u2019approche de Gela, de vrais monstres \u00e0 la double nature, issus eux aussi de<\/p>\n<p>strates multiples, capables eux aussi de tromper sur leurs origines et leurs<\/p>\n<p>fins, et qui ressemblent \u00e0 s\u2019y m\u00e9prendre aux Cyclopes et aux Lestrygons qui<\/p>\n<p>entrav\u00e8rent jadis le retour d\u2019Ulysse et annonc\u00e8rent nagu\u00e8re le fascisme ?<\/p>\n<p>Sono ancora l\u00ec sparsi i fortini, le casematte della difesa costiera, sembrano, affioranti dalle<\/p>\n<p>dune, dai macconi, bianchi di fresca scialbatura, le coperture a calotta, i neri occhi delle<\/p>\n<p>feritoie, le teste di giganti, d\u2019arcaici guerrieri che stanno per risorgere o mostri, robot di calcestruzzo,<\/p>\n<p>che emergono da ipogei, caserme sotterrranee, avanzano, marciano, distruggono<\/p>\n<p>[\u2026] Pi\u00f9 avanti, nella vasta landa saudita, sono le teste d\u2019ariete, i lunghi colli delle pompe<\/p>\n<p>che vanno su e gi\u00f9 come in un movimento vano e inarrestabile, gli astratti metafisici<\/p>\n<p>ingranggi di cui nessuno sa l\u2019origine e il fine. Qui \u00e8 il teatro dell\u2019abbaglio e dell\u2019inganno,<\/p>\n<p>del petrolio favoloso [\u2026] qui il Gela 1, Gela 2, Gela 3 [che] accesero Mattei di forza e di<\/p>\n<ol start=\"12\">\n<li>Voir, en particulier, L. Bossi, La voix de la Sicile, entre idiolecte et mistilinguisme (actes du colloque international<\/li>\n<\/ol>\n<p>\u00ab Les enjeux du plurilinguisme dans la litt\u00e9rature italienne \u00bb, CIRILLIS de l\u2019universit\u00e9 de Toulouse-Le<\/p>\n<p>Mirail, 11-13 mai 2006). Collection de l\u2019ECRIT, CIRILLIS\/IL LABORATORIO, Presses de l\u2019universit\u00e9 de<\/p>\n<p>Toulouse-Le Mirail, 2007. Ead., De Verga \u00e0 Camilleri : entre sicilitude et sicilianit\u00e9, les auteurs siciliens font-ils du<\/p>\n<p>genre ? (actes du S\u00e9minaire \u00ab Identit\u00e9(s), langage et modes de pens\u00e9e \u00bb, CERCLI de l\u2019universit\u00e9 de Saint-\u00c9tienne,<\/p>\n<p>7 novembre 2003), dans Identit\u00e9, langage(s) et modes de pens\u00e9e, \u00e9tudes r\u00e9unies par Agn\u00e8s Morini, Publications<\/p>\n<p>de l\u2019universit\u00e9 de Saint-\u00c9tienne, 2004.<\/p>\n<p>speranza, lo spinsero alla sfida dell\u2019ENI statuale al duro capitalismo dei privati, al Gulf<\/p>\n<p>Italia Company, alla Montecatini [\u2026], posero sopra le facce malariche dei contadini i<\/p>\n<p>bianchi caschi di plastica operaia.<\/p>\n<p>Da quei pozzi, da quelle ciminiere sopra templi e necropoli, da quei sottosuoli d\u2019ammassi<\/p>\n<p>di madrepore e di ossa, di tufi scanalati, cocci dipinti, dall\u2019acropoli sul colle difesa<\/p>\n<p>da muraglie, dalla spiaggia aperta a ogni sbarco, dal secco paese povero e obliato part\u00ec il<\/p>\n<p>terremoto, lo sconvolgimento, part\u00ec l\u2019inferno d\u2019oggi (OO, p. 78-79).<\/p>\n<p>Comme l\u2019auraient dit Manzoni, et Sciascia apr\u00e8s lui, ainsi allaient les<\/p>\n<p>choses en 1994.<\/p>\n<p>Pour avoir trop bien manipul\u00e9 la technique de ce sous-produit litt\u00e9raire<\/p>\n<p>de la culture de masse qu\u2019\u00e9tait le roman policier dans les ann\u00e9es soixantedix,<\/p>\n<p>Sciascia, justement, avait \u00e9t\u00e9 accus\u00e9 d\u2019avoir, avec ces pr\u00e9figurations que<\/p>\n<p>sont Il contesto et Todo modo, provoqu\u00e9 en quelque sorte \u00ab l\u2019affaire Moro \u00bb<\/p>\n<p>alors m\u00eame que son but \u00e9tait de d\u00e9noncer les \u00e9nigmatiques corr\u00e9lations<\/p>\n<p>dont Moro a \u00e9t\u00e9 l\u2019acteur et la victime, ainsi que le langage du non-dire<\/p>\n<p>qu\u2019il a si bien su utiliser et qui l\u2019a ensuite emp\u00each\u00e9 de se faire comprendre 13.<\/p>\n<p>Mais depuis, le roman policier et sa structure sont devenus une sorte de<\/p>\n<p>sch\u00e9ma narratif unique utilis\u00e9 non seulement par ceux qui veulent, \u00e0 la<\/p>\n<p>suite de Sciascia, d\u00e9noncer les d\u00e9rives du pouvoir politico-m\u00e9diatique 14,<\/p>\n<p>mais aussi et surtout par les supp\u00f4ts de ce m\u00eame pouvoir dont les ouvrages<\/p>\n<p>produits \u00e0 la cha\u00eene \u00e9touffent et excluent toute tentative de subversion et se<\/p>\n<p>bornent \u00e0 entretenir les peurs ataviques et les comportements parano\u00efaques<\/p>\n<p>que le pouvoir a toujours su utiliser \u00e0 son profit.<\/p>\n<p>De la m\u00eame fa\u00e7on, alors que Consolo esp\u00e9rait encore, \u00e0 la fin des ann\u00e9es<\/p>\n<p>quatre-vingt, pouvoir opposer au d\u00e9ferlement de la communication standardis\u00e9e,<\/p>\n<p>son \u00e9pos \u00e0 la structure polyphonique, compos\u00e9e de tout le substrat<\/p>\n<p>mythopo\u00e9tique m\u00e9diterran\u00e9en, et son nouveau logos, sa langue plurielle,<\/p>\n<p>faite de toutes les langues d\u2019histoire et de m\u00e9moire fondues dans le creuset<\/p>\n<p>sicilien, ses tentatives et celles de ceux qui, comme lui, s\u2019effor\u00e7aient de faire<\/p>\n<p>entendre des voix marginales, ont \u00e9t\u00e9 noy\u00e9es dans un multiculturalisme<\/p>\n<p>et un communautarisme institutionnels gr\u00e2ce auxquels ces voix ont \u00e9t\u00e9<\/p>\n<p>r\u00e9cup\u00e9r\u00e9es et canalis\u00e9es.<\/p>\n<p>En d\u00e9multipliant et en divisant ainsi les enracinements culturels au<\/p>\n<p>nom d\u2019une diversit\u00e9 de fa\u00e7ade, les serviteurs du pouvoir ont r\u00e9ussi \u00e0 affaiblir<\/p>\n<p>les racines de l\u2019olivier dans lequel Ulysse avait taill\u00e9 sa couche nuptiale,<\/p>\n<ol start=\"13\">\n<li>Voir AM, p. 16 et p. 27. Consolo a lui-m\u00eame fait une analyse des choix narratifs de Sciascia dans la section<\/li>\n<\/ol>\n<p>de Di qua dal faro intitul\u00e9e Intorno a Leonardo Sciascia, p. 185-208, dans laquelle on lira avec profit les articles<\/p>\n<p>Letteratura e potere et Le epigrafi, en particulier p. 199.<\/p>\n<ol start=\"14\">\n<li>Massimo Carlotto ou le collectif Wu Ming, entre autres repr\u00e9sentants du genre noir d\u2019inchiesta, exploitent<\/li>\n<\/ol>\n<p>aujourd\u2019hui cette veine et se substituent aux journalistes et aux historiens d\u00e9faillants.<\/p>\n<p>Lise Bossi<\/p>\n<p>qui est aussi le berceau de toute notre civilisation, et, par myopie ou de<\/p>\n<p>propos id\u00e9ologique d\u00e9lib\u00e9r\u00e9, \u00e0 ne pr\u00e9server que cette partie du tronc sur<\/p>\n<p>laquelle prosp\u00e8re l\u2019ol\u00e9astre, l\u2019olivier sauvage.<\/p>\n<p>Encore quelques ann\u00e9es et la langue de Consolo, dont la complexit\u00e9<\/p>\n<p>s\u00e9mantique et la richesse lexicale d\u00e9fient d\u00e9j\u00e0 la traduction, sera devenue<\/p>\n<p>incompr\u00e9hensible pour la plus grande partie de ses compatriotes ; encore<\/p>\n<p>quelques ann\u00e9es et plus personne ne saura pourquoi Ulysse voulait tant<\/p>\n<p>revenir \u00e0 Ithaque. Et alors, qui dira le mal et dans quelle langue ?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cahiers d\u2019\u00e9tudes italiennes 14 (2012) Les ann\u00e9es quatre-vingt et le cas italien Lise Bossi L\u2019olivo e l\u2019olivastro de Vincenzo Consolo : pour une odys\u00e9e du d\u00e9sastre &nbsp; Les oeuvres figurant sur ce site peuvent \u00eatre consult\u00e9es et reproduites sur un support papier ou num\u00e9rique sous r\u00e9serve qu&#8217;elles soient strictement r\u00e9serv\u00e9es \u00e0 un usage soit personnel, &hellip; <a href=\"https:\/\/vincenzoconsolo.it\/?p=1146\" class=\"more-link\">Continua a leggere <span class=\"screen-reader-text\">Lise Bossi  L\u2019olivo e l\u2019olivastro de Vincenzo  Consolo : pour une odys\u00e9e du d\u00e9sastre<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[159,162,139,161,163,164,18],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/vincenzoconsolo.it\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1146"}],"collection":[{"href":"https:\/\/vincenzoconsolo.it\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/vincenzoconsolo.it\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/vincenzoconsolo.it\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/vincenzoconsolo.it\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1146"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/vincenzoconsolo.it\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1146\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1147,"href":"https:\/\/vincenzoconsolo.it\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1146\/revisions\/1147"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/vincenzoconsolo.it\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1146"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/vincenzoconsolo.it\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1146"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/vincenzoconsolo.it\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1146"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}